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FOREVER FALCON | 50e anniversaire de FALCON STUDIOS – Partie 2 : Premières étapes décisives du futur géant du X gay (1971-1978)

Dans la première partie de notre spécial FOREVER FALCON | 50e anniversaire de FALCON STUDIOS, nous avons vu qu’aux États-Unis, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, des photographes, des réalisateurs et des entrepreneurs se sont lancés dans le porno gay avec détermination. Ces quelques « pionniers », comme on les surnomme, ont su surfer sur l’évolution des mœurs, l’essor des mouvements de libération gay et l’assouplissement de la législation – et de la jurisprudence ! – sur l’obscénité. Ce faisant, ils ont constitué les prémisses d’une véritable industrie du porno gay. Parmi ces pionniers, il y a Jim Hodges (v. 1942 – 2017), Vaughn Kincey (1941-2010) et Chuck Holmes (1945-2000). Trois amis qui vont être à l’origine de FALCON STUDIOS. Si l’histoire officielle ne retient que Holmes comme unique fondateur du label, les deux autres se sont auto-proclamés cofondateurs de son vivant, sans animosité.

Le trio originel gagnant de FALCON STUDIOS ! « L’homme d’affaires engagé » Chuck Holmes (alias Bill Clayton),« Le créatif & facilitateur » Vaughn Kincey (alias John Summers) et « Le caméraman et réalisateur parmi les meilleurs » Jim Hodges (alias le futur John Travis, le découvreur de Jeff Stryker).
Photos prises dans les années 1970/début 80.

L’ANNÉE DE CRÉATION DE FALCON STUDIOS EN QUESTION

Officiellement l’année 2021 marque les 50 ans de FALCON STUDIOS. Il ne devrait donc pas y avoir de débat. Mais d’autres sources, émanant même de FALCON il y a plus de 10 ans, évoquent 1972. Plus précisément avril 1972 dans un des ouvrages de référence sur le porno gay américain, Bigger Than Life The History of Gay Porn Cinema from Beefcake to Hardcore de Jeffrey Escoffier. Certes, c’est un détail. Mais quand on parle de « pionniers », il est toujours intéressant de savoir qui a fait quoi et quand. Par exemple, FALCON est-il né avant ou après la sortie cinéma en décembre 1971 du fameux Boys in the Sand ? JAGUAR PRODUCTIONS, qui a été fondé en 1971 dans le but de financer des longs métrages porno gay afin qu’ils soient projetés en salle, précède-t-il ou non FALCON ?

En 2007 sortait un coffret collector pour les 35 ans de FALCON STUDIOS. L’année 1972 était alors la référence…

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1971 ou 1972 ? Par recoupement, on propose deux hypothèses satisfaisantes pour tout le monde :
Première hypothèse :  Si 1971 serait bien l’année de création de FALCON, il y a eu un temps d’inertie avant que la société soit lancée l’année suivante. Quand on voulait monter un business dans le porno, il fallait en effet être prudent et se trouver un juriste de confiance pour palier à tout problème. Il y avait une brigade du vice, la jurisprudence sur l’obscénité était fluctuante et l’on pouvait se retrouver devant les tribunaux et finir en taule.
Seconde hypothèse : Initialement vendeur par correspondance de loops, courts métrages en 8 ou 16 millimètres, FALCON n’a commencé à réaliser ses propres productions qu’à partir de 1972. Précédemment, il n’aurait vendu que des scènes produites par d’autres, notamment par TELSTAR de Jim Hodges. Selon GayEroticVideoIndex, la toute première production FALCON consiste dans les deux scènes de Taste My Love sorties en 1972. À la réalisation, Hodges qui n’est pas crédité. Au casting, un jeune homme pareillement anonyme avec Dean Chasson. Ce dernier fut le héros du fameux 7 in a Barn du « pionnier des pionniers » du porno gay : J. Brian ! Quant au scénario de Taste My Love, il se réduit au strict minimum de la pure baise en extérieur.

Photos en N&B de Taste My Love qui est filmé en couleur. Le beau blond, c’est Dean Chasson. En 1989, dans le magazine Manshots N°3, Chuck Holmes (qui se faisait alors appeler Bill Clayton) rapporte que les activités d’acteur porno du jeune homme s’étaient accompagnées de relations suivies et discrètes avec « des gentlemen plus âgés ». Ses économies lui avaient par la suite permis d’investir dans la vigne et dans la location de propriétés.

UNE STRATÉGIE COMMECIALE PAYANTE…

Dans ces premières années, FALCON STUDIOS est une société de vente par correspondance qui propose principalement des courts métrages pur sexe produits ou non en son sein. Ils ne sont pas projetés dans les salles de cinéma. Trop d’exemples d’exploitation de bobines dupliquées illégalement ont dissuadé Holmes de s’engager dans cette voie.

Contre-exemple. Il y a eu ce film FALCON qui est sorti au cinéma en 1976 : Dirty Minds… avec Gordon Grant.

Une autre raison pousse Chuck Holmes à s’écarter du circuit des salles de cinéma. Comme le rapporte Escoffier dans l’ouvrage mentionné plus haut, les prix pratiqués par FALCON STUDIOS sont beaucoup plus élevés que ceux des concurrents. Son cœur de cible est en effet une clientèle plus âgée, plus riche que celle qui se rend dans les cinémas porno alors en vogue.
Toutefois, un public au revenu moindre et non équipé de projecteur pouvait accéder à l’univers FALCON via les revues hard qu’il publiait ou faisait éditer par LE SALON.

Quelques exemples de titres parus en 1977 et 1978. Des publications qui ont contribué à la starification d’acteurs tels que Dick Fisk (1956-1983) et Al Parker (1952-1992). À noter que le changement de logo de FALCON s’est opéré vers 1977.

En 1974 puis en 1977, FALCON STUDIOS s’agrandit en lançant respectivement MUSTANG STUDIOS et JOCKS ATHLETIC COMPANY. Quelle est différence entre les trois marques ? À première vue, aucune thématique spécifique ne leur est associée. La création de MUSTANG et JOCKS répond à l’objectif de gagner des parts de marché en multipliant les offres sous des marques différentes. Au demeurant, les clients savaient-ils que tout appartenait à FALCON ?

QUAND LA CRITIQUE LOUE SURTOUT D’AUTRES PIONNIERS…

Si la stratégie commerciale de Holmes s’avère payante, ce sont les pornos gays projetés en salle qui sont les plus considérés. Dans cette liste non exhaustive, on retrouve bien sûr Boys in the Sand (1971), ainsi que d’autres œuvres de Wakefield Poole : Bijou (1972), Moving (1974) et Take One (1977).

Des affiches qui devaient exciter sans choquer. Encore que certains les ont quand même trouvées trop provocantes… 😉


Parmi les films les plus encensés, il y a aussi et surtout ceux de HAND-IN-HAND FILMS. Ce studio new-yorkais a été fondé en 1972 par Jack Deveau (1935-1982), son compagnon Robert Alvarez et un homme au parcours incroyable mais vrai : Jaap Penraat (1918-1988). Né aux Pays-Bas, cet architecte et designer d’intérieur a eu un rôle exemplaire lors de l’occupation du pays par les Nazis. Ses activités dans la résistance ont permis de sauver des centaines de juifs ! UN JUSTE !!! Notons qu’au moment où s’écrivent ces lignes, Wikipedia occulte ses diverses activités porno gay au sein de HAND-IN-HAND : producteur, figurant, directeur artistique, assistant réalisateur, etc.
Parmi les longs métrages de HAND-IN-HAND qui en font le studio cultissime des années 1970, il y a ceux de Deveau, « le maître du porno gay à scénario » : Left-Handed (1972), Drive (1974), Ballet Down the Highway (1975), Hot House (1977), A Night at the Adonis (1978), etc.

Certaines de ces affiches donneraient un cachet agréablement « vintage » à son chez soi…


Autre production HAND-IN-HAND remarquable : Adam & Yves (1974) de Peter de Rome (1924-2014), tourné en grande partie à Paris. L’histoire du cinéma retiendra qu’il s’agit aussi du dernier film de Greta Garbo (1905-1990). En fait, le facétieux réalisateur était un fan de la Divine et il l’avait filmée à son insu à New York. Il en avait intégré quelques secondes dans le film sans lui demander l’autorisation. Toujours chez HAND-IN-HAND, mais cette fois-ci dans son rôle de distributeur, The Back Row (1973) du réalisateur, dramaturge et journaliste Jerry Douglas (1935-2021). Il se faisait alors appeler Doug Richards. Casey Donovan y incarne un New-Yorkais qui ne peut s’empêcher de draguer tous les mecs qu’il croise. Escoffier décrit The Back Row comme le premier exemple de porno gay homoréaliste. À savoir qu’il apparaît comme un documentaire de la sous-culture gay dont l’aspiration politique est la libération sexuelle. HAND-IN-HAND est en outre crédité comme le premier studio porno gay à avoir un de ses titres projetés en France. Il s’agit d’Une Histoires d’Hommes (Good Hot Stuff), qui réunissait des courts métrages de divers réalisateurs, dont Tom DeSimone. À noter qu’en 1976 sortira « le premier film homosexuel hard core français » : Homme entre eux de Norbert Terry. Celui-là même qui avait importé Une Histoires d’Hommes.

À gauche, Jack Deveau et Robert Alvarez devant Le Hollywood Boulevard qui diffusait Histoires d’Hommes. Situé au 4 boulevard Montmartre à Paris, ce cinéma à trois salles appartenait à René Château. Ouvert en 1975, il a définitivement fermé ses portes en 1992.

Enfin, il faut insister sur Kansas City Trucking Co. (1976) de Joe Gage, de son vrai nom Tim Kincaid. Produit par JOE GAGE FILMS, il est le premier opus de la fameuse trilogie connue sous les noms de The Kansas City Trilogy ou The Working Man Trilogy. La critique considère ce film comme l’une des œuvres les plus remarquables du X gay des années 1970 et au-delà. Gage joue sur le cérébral et révèle les soubassements troubles de l’Amérique profonde. Il met particulièrement en valeur une esthétique virile ainsi que la toute puissance de la queue. Au casting des hommes d’autant plus sexe qu’ils apparaissent accessibles, à porter de main et de bite : Richard Locke (1941-1996), Jack Wrangler (1946-2009)…

L’affiche culte d’un film qui l’est autant !

Sorti en 1978, un film produit par FALCON STUDIOS va toutefois changer la donne, propulsant le studio californien dans une nouvelle ère encore plus prospère. L’industrie du X gay qui s’est mis en place en Californie et à New York,  et plus largement la communauté gay, vont toutefois endurer quelques années plus tard une situation inattendue et terrifiante. On en parlera la semaine prochaine, le dimanche 31 octobre, dans notre troisième partie consacrée au 50e anniversaire de FALCON : Une nouvelle ère en rose et noir.

SOURCES :
Directing Sex, Interviews with the Directors of Gay Pornography de Jerry Douglas (Editions Moustache – 1920)
GayEroticVideoIndex.com
GayEroticArchives.com
 Bigger than Life : The History of Gay Porn cinema from Beefcake to Hardcore de Jeffrey Escoffier (Running Press – 2009)
Seed Money : The Chuck Holmes Story, documentaire de Michael Stabile (2015)
 Film and book (#15): Marco Siedelmann – Good Hot Stuff: The Life and Times of Gay Film Pioneer Jack Deveau (2019), article d’André Malberg paru le 13 septembre 2019 chez Eskalierende Traeume. Voir ici.
Peter de Rome: Grandfather of Gay Porn, documentaire de Ethan Reid (2014)
Le cinéma X, sous la direction de Jacques Zimmer, avec les contributions de Didier Roth-Bettoni et Gérad Lenne pour le chapitre consacré au porno gay et lesbien (La Musardine – 2002)

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