Nicole Croisille en amoureuse de Satie, une double ration de Jean-Luc Lagarce et des spectacles musicaux à consonance « divas » : voilà notre première sélection des spectacles à voir jusqu’au 30 juillet dans le OFF du Festival d’Avignon.

Bonne Notte : Night in white with Satie

Créé en septembre dernier au Théâtre du Rond Point, le très réussi Night in white with Satie  (Théâtre du Balcon – 22h15) prend ses quartiers d’été dans une version à cinq voix à Avignon. Entre le concert, le débat d’idées et le cabaret, ce spectacle imaginé par Pierre Notte à l’occasion des 150 ans de Satie est un portrait en mosaïque d’un musicien iconoclaste méticuleusement névrosé et misanthrope. On y entend bien entendu certaines de ses compositions (des airs classiques aux chansons plus grivoises) mais aussi des morceaux d’interviews, des aphorismes dont il était friand ou des propos tenus par des critiques et amis/ennemis de l’époque. Cette matière protéiforme que n’auraient pas reniés les surréalistes trouve son fil rouge dans un jeu de ping-pong servi par cinq formidables artistes (la géniale Nicole Croisille, le charismatique Nelson-Rafaell Madel, le sexy Kevin Mischel et les pétillantes Donia Berriri et Anita Robillard) autour d’un dîner en blanc, concept cher à Satie. Un rendez-vous musical à ne pas manquer !

Le monde de Lagarce

La nouvelle mise en scène de Juste la fin du monde signée Jean-Charles Mouveaux (qui se donne le rôle titre) est l’occasion de (re)découvrir la matière originale qui inspira le dernier film de Xavier Dolan (Théâtre du Petit Louvre – 19h35). On pourra, certes, trouver que cette version pêche parfois par son classicisme mais elle a au moins le mérite de faire entendre à sa juste valeur le texte de Lagarce sans recourir à l’hystérie du cinéaste québécois. Car la parole est justement au centre de Juste la fin du monde où un trentenaire, se sachant condamné par un mal incurable, tente un dernier retour dans sa famille pour se confronter, une fois de plus, à l’incapacité du dire. Avec en sous-texte les questions du Sida et du coming out (qui ne seront jamais évoquées), la pièce trouve son intensité dans ces dialogues unilatéraux où la parole, souvent vecteur de reproches, est plus là pour combler un vide que pour générer un véritable échange. Des monologues à deux voix, en somme, menés par des comédiens très convaincants : Philippe Calvario, Jil Caplan, Chantal Trichet et Vanessa Cailhol (que l’on peut aussi retrouver dans une relecture pétillante de La Dame de chez Maxim’s (Théâtre Actuel – 15h15)).  Et pour ceux qui souhaiteraient poursuivre leur découverte de l’oeuvre de Jean-Luc Lagarce, nous vous conseillons aussi l’excellent Noce (Théâtre du Roi René – 19h45), farce noire mise en scène par Pierre Notte sur la revanche des exclus.

En chantant

Que vous l’aimiez en rouge et noir, poétique ou parsemée de paillettes, la chanson française donne le la dans de nombreux spectacles du OFF. A commencer par Pascal Mary, un habitué du festival qui continue d’égrainer sa petite musique mélancolique mais délicieusement « vivante »( Atypik Théâtre – 16h15). Tour à tour caustique (quand il nous parle de sa famille ou des idées pré-formatées que l’on se fait d’un artiste), émouvant (lorsqu’il chante nos existences éphémères) voire tout simplement hilarant (sa chanson sur l’homosexualité est un modèle de chanson interlope), cet artiste à la voix de charme nous séduit toujours autant avec son répertoire singulier à mi-chemin entre Barbara, Alex Beaupain et Pierre Lapointe. Une heure de récital qui passe évidemment trop vite et à l’issue de laquelle on n’a qu’une envie : prendre rendez-vous pour l’année prochaine !

pascal mary

Parmi les autres spectacles qui ont retenu notre attention, Le Cabaret des garçons d’honneur (Théâtre de l’Atelier Florentin – 19h) est un voyage dans la culture musicale de trois joyeux drilles qui reprennent ou parodient des succès de Barbara, Patricia Kass, Jeanne Mas, Brigitte Fontaine, Sylvie Vartan… Autant dire que les amateurs du Tango ou des Follivores se sentiront comme à la maison ! Parmi les tableaux les plus inspirés : une relecture d’un duo romantique de Peau d’Âne ou encore cette satire hilarante de La Nouvelle Star où un(e) candidat(e) – flanqué(e) de son coiffeur un peu cagole – tente de convaincre le jury avec une reprise de Mylène Farmer. Les trois chanteurs sont plein d’énergie et l’on ressort ragaillardis par ce petit bonbon musical.

cabaret des garcons d'honneur

Oubliez Beyoncé, Céline Dion ou Rihanna. Les nouvelles divas de la chanson s’appelent « Les Divalala »  et elles portent très bien leur nom (Théâtre du Roi René, 22h20). Leur péché mignon ? Reprendre a cappella des standards de la variété française en leur insufflant une bonne dose de glamour et de malice ! Ceux qui ont déjà eu la chance de les voir sur scène savent à quel point leur nouveau show « Femme, Femme, Femme » se déguste sans modération ! Outre leur talent vocal, les trois chanteuses font preuve d’une créativité permanente pour ne pas essouffler leur concept. Chaque tableau devient ainsi une nouvelle surprise avec son lot d’instruments de musique inattendus (des verres d’eau, des tubes en plastique), de chansons populaires qui se rencontrent dans des mashups géniaux, de tubes anglo-saxons francisés (ahh, cette version de Chandelier), sans oublier un hommage tout en « puissance et gloire » à un célèbre chanteur des 80’s. La playlist est très hétéroclite, on passe aussi bien de Dalida à Ophélie Winter… Mais si la dérision est souvent de mise, elle est toujours accompagnée d’une réelle affection pour ces morceaux que l’on aime tous fredonner en secret. Chic, kitch et glamour… Que demander de plus ?

Plus d’infos, sur le site officiel du Festival

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