La septième édition de « In&Out », le festival du film LGBT de Nice et de Cannes, ouvre ses portes ce soir pendant 10 jours ! Rencontre avec Benoît Arnulf, directeur artistique du festival !

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Benoît Arnulf lors de la conférence de presse

Pinktv.fr : Cette année, le Festival « In&Out » fête ses 7 ans et fait enfin son « coming out ». Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?
Benoît Arnulf :
Il faut parfois savoir prendre son temps. Je pense qu’il n’avait échappé à personne que nous étions «gay» et/ou «lesbien» (tout à la fois) mais le choix de cette thématique est à la fois un pied de nez et une bonne occasion d’aborder des questions qui nous tiennent à cœur. Il y a bien sûr l’évidence : comment le cinéma aborde-t-il ce moment crucial où l’on assume publiquement son homosexualité ? Nous ne l’avions pas appréhendé aussi directement, avec plusieurs films qui abordent le sujet et ses conséquences : Zomer, Beira Mar, Boys, Pas un mot et bien sûr l’incontournable Omelette de Rémi Lange qui représente une référence en la matière (et date de 1998 tout de même).

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Boys

Mais il est possible d’élargir le point de vue. Comment un festival du film gay et lesbien peut-il assumer sans contradiction sa thématique si «particulière» en restant ouvert au plus grand nombre ? Ou bien, comment l’idée de «Cultures Gays et Lesbiennes» peut-elle se revendiquer sans craindre de fermer aux artistes et aux œuvres qui la composent l’accès à l’universalité ? En cela « In&Out » – à qui l’on demande d’être toujours «plus ouvert» – fait littéralement son coming out en apportant un éclairage queer aux thématiques qu’il aborde, rappelant son souhait d’offrir une visibilité aux cultures LGBT dans toute leur diversité, y compris dans leurs aspects controversés comme la pornographie. Accessoirement nous voulions aussi répondre à un illustre cinéaste francophone qui ne pense pas que notre travail acharné pour défendre le cinéma LGBT n’est pas si important, voir peut conduire à une ghettoïsation. Un non-sens.

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Pas un mot

Le festival se dote aussi d’une vraie compétition et d’un jury : « Les Esperluettes ». En quoi cela va-t-il consister ?
La 7eme année est souvent présentée comme l’âge de raison. Pour nous, outre plus de films (près de soixante en comptant les trois séances de courts métrages) et plus d’invités, la grande première cette année, c’est la compétition officielle pour récompenser les meilleurs films de notre sélection. Le jury sera composé de professionnel-le-s du cinéma et d’artistes queer : la réalisatrice Emilie JOUVET ; Xavier HERAUD, journaliste chez Yagg ; Didier ROTH-BETTONI, auteur notamment de L’homosexualité au cinéma et Dana OSI, vice-présidente du Centre LGBT Côte d’Azur. Et le prix s’est imposé comme une évidence, puisque les palmes étaient déjà prises… les «Esperluettes», en effet, c’est le signe de ponctuation « & » qui relie « In » et « Out ». Nous aurons aussi un prix du public, dont ont sait qu’il est souvent assez différent du choix des professionnels.

Quels sont les temps forts de la programmation ?
Difficile de faire un choix dans une proposition aussi diverse. Je retiens tout de même plusieurs lignes de force qui se dessinent en parallèle des thématiques. Bien entendu la forte présence de films canadiens avec notamment la première nationale de Guilda, elle est bien dans ma peau de Julien Cadieux, que j’avais récompensé en novembre dernier au Festival « Image+Nation » de Montréal où j’étais membre du jury. Ce très beau festival est d’ailleurs partenaire de notre édition. Guilda est un personnage incroyable (assez peu connu en France alors même qu’il en est originaire) mais icône absolue au Québec et première grande transformiste de cabaret à avoir marqué l’histoire de ce pays.

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Guilda, elle est bien dans ma peau

De même, j’ai plusieurs vraies coups de cœur comme le sublime documentaire de Vincent Boujon, Vivant !, qui aborde comme jamais auparavant la réalité de la vie des séropos, au travers de cinq portraits intimes et attachants. Ou encore le très fort Stand de Jonathan Taïeb qui nous rappelle que rien n’est joué en matière de recul de l’homophobie, et qu’il existe aux portes de l’Europe, à l’Est, des situations effrayantes pour les LGBT qu’il ne faut cesser de dénoncer. Un film coup de poing comme il en faut parfois. De même le docu-fiction est très présent cette année, forme hybride qui permet de brouiller un peu plus les frontières entre le réel et la fiction. En ce sens, les films de Vincent Dieutre (Viaggio nel dopo-storia) , Véronique Aubouy (Je suis AnneMairie Schwarzebach), Roberto Caston (Los tontos y los estupidos) ou Stephan Haupt (Le Cercle) sont des petites merveilles à découvrir. Difficile de choisir en fait.

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Stand

Le cycle « No(s) Limites » présentera des films et documentaires autour de la sexualité. En quoi le cinéma explicite (et son expérience dans une salle de cinéma) se distingue-t-il selon toi de la pornographie pure et dure ?
Notre travail de médiation en la matière est primordial, puisque (presque) plus personne ne le fait sinon. Le cinéma explicite fait peur comme la sexualité ou la nudité peuvent effrayer (certain-e-s). Or de nombreux artistes ne veulent pas laisser ce terrain de jeu aux seuls «commerçants» en la matière. Les films proposés à « In&Out », depuis toujours, questionnent plus qu’ils n’exhibent. Mondo Homo 2 de Hervé Joseph Lebrun est un travail passionnant d’archéologie du cinéma X gay, lorsqu’il était encore (et pour peu de temps) projeté en salle. Il analyse cette parenthèse de liberté qui a vu tout de même des petits chefs-d’œuvre comme les films de Philippe Valois, présentés il y a deux ans à « In&Out ».

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Mondo homo 2

Il y aura également de nombreux invités et cartes blanches. Peux-tu nous en dire plus ?
Les Ouvreurs accueilleront, comme à leur habitude, de nombreux-ses artistes pour l’occasion : les réalisateurs Rémi LANGE pour trois de ses longs-métrages Le Chanteur, Omelette, Les Yeux brouillés), DAVID LAMBERT pour Je suis à toi, VINCENT DIEUTRE, pour Viaggio nel dopo-storia, JONATHAN TAIEB pour Stand, STEPHANE GERARD pour Rien n’oblige à répéter l’histoire, VINCENT BOUJON pour Vivant !, ANTONY HICKLING pour One Deep Breath, VERONIQUE AUBOUY pour Je suis AnneMarie Scwarzenbach, CHARLES LUM  pour Age of consent mais aussi TOM DE PEKIN pour sa première exposition personnelle à Nice. Nous avons souhaité offrir une carte blanche aux « Premio Sébastian » qui récompensent chaque année depuis 2000, le meilleur film LGBT de la sélection officielle du Festival International du Film de San Sebastian, à l’image des « Teddy Awards » (Berlinale) des « Queer Lion »s (Venise) et de la « Queer Palm ». C’est François Ozon et sa Nouvelle amie qui ont reçu le prix en 2015 et c’est le dernier film du réalisateur basque espagnol Roberto Castón Alonso (Los tontos y los estupidos) qu’ils ont choisi pour la carte blanche que nous leur avons offerte. Et plus de « Image+Nation », nous sommes très heureux de compter comme partenaire officiel des festivals LGBT français aussi prestigieux que « Ecrans mixtes » (Lyon) et Cinémarges (Bordeaux).

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Le festival est également un moment de convivialité qui se poursuit hors des salles. Quels sont les autres évènements (expos, théâtre, clubbing) autour de « In & Out » ?
Ces dix jours sont l’occasion de se divertir, de se cultiver parfois, et de faire la fête, tout en même temps. Deux expos, dont celle de Tom de Pékin à l’Espace à Vendre, une pièce de théâtre, adaptation de la série québécoise cultissime Le Cœur a ses raisons, mais aussi une journée de dépistage avec SIS Animation PACA et le CDAG du Conseil Général 06 sont au programme…

coeur a ses raisons

Entre le Queernaval et le festival « In&Out », Nice semble jouer la carte de la ville gay friendly et aider l’organisation d’évènements LGBT. Est-ce une stratégie « touristique » ou une réelle volonté d’ouverture de la part de la municipalité ?
Les deux à la fois, ce qui n’a rien de honteux à vrai dire. Personne ne niera que la Ville de Nice et son office du Tourisme souhaitent voir plus de touristes LGBT venir, mais nous sommes nombreux à préférer vivre dans une ville qui affiche, avec constance et sincérité, une image gay friendly plutôt que rien. Nous soutenons d’ailleurs les efforts pour renforcer le label Nice Irisée Naturellement, crée par l’Office du Tourisme, pour garantir un accueil friendly digne de ce nom. Mais rien ne serait possible sans l’énorme effervescence du tissu associatif et commerçant LGBT niçois, et notamment le Centre LGBT Côte d’Azur, qui organisent sans relâche toutes ces festivités et sollicitent en permanence le soutien des institutions. Notre richesse vient principalement de là !

Plus d’infos sur le festival « In&Out » 2015 : www.inoutfestival.fr
Du 30 avril au 9 mai 2015
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