Jusqu’au 14 janvier 2017, la fantaisie-revue « Paris Chéri(e)s » égaille le Théâtre Trévise avec un florilège de chansons polissonnes du siècle dernier. Un spectacle musical aussi chic que coquin qui montre que le verbe, s’il est manié avec malice, peut être le meilleur des préliminaires.

S’il est vrai que l’on ne pense qu’à « ça » (ou en tout cas une bonne partie de la journée), c’est encore plus savoureux quand on l’exprime avec la langue. Fort de ce constat, l’historien de la chanson Christophe Mirambeau en collaboration avec Les Frivolités parisiennes (avec qui il avait déjà monté la revue Yes! l’an passé) est allé dénicher des petites perles d’un répertoire qui a fait les grandes heures de la IIIème République, des chansons pleines de malice qui ont participé à l’image fantasmatique du Paris « capitale du sexe et de l’amour ». Ces airs affriolants (que l’on pouvait entendre dans des revues, au music hall,  dans des opérettes ou même au cinéma) ont beau avoir, pour certains, plus de 100 ans,  ils nous réjouissent toujours de leur écriture ingénieuse et résolument suggestive. Point de grivois lourdingue ici mais des jeux de mots à la pelle et des double sens jouissifs.

Dans ce florilège de raretés polissonnes, le verbe est libre de tout préjugé et peut caresser, en toute impunité, les amours interlopes.  Les filles de joie côtoient ainsi un « Jésus la Caille » aux allures androgynes, les demoiselles de Lesbos se livrent à un mambo endiablé, on y chante le plaisir de la « raie » ou de la pipe « fumée » au Bois de Boulogne et une confrérie de religieux, les Cénobites (sic), demande à ces charmantes dames… de les laisser tranquille ! Et quand on sait que ces chansons étaient souvent crées par des vedettes de l’époque – comme Jean Gabin, Line Renaud ou encore Suzy Delair – on se dit qu’ils étaient quand même loin d’être coincés au début du XXè ! Imaginez un peu M Pokora s’extasier sur les vertus du trouple ou bien vanter sa belle canne qui lève tout sur son passage… Impensable !

« Paris Chéri(e)s » donne un écrin de premier choix à ces pépites. La scène est habitée par un orchestre de seize musiciens et c’est un quintuor d’artistes talentueux qui se succèdent sur scène pour interpréter les chansons : Pascal Neyron, le maître de cérémonie au regard malicieux ; Léovanie Raud charismatique et au timbre exquis; Guillaume Beaujolais et Alexis Meriaux qui manient les sous-entendus comme personne; sans oublier la divine Charlène Duval, les jambes galbées, plumes et guêpière à la clé, qui s’offre un moment d’interactivité savoureux avec le public. Voilà une usine à plaisirs qui stimule autant l’esprit que les sens. Que demander de plus en ce début d’année ?

Paris Chéri(e)s, jusqu’au 14 janvier au Théâtre Trévise (Paris)
De Christophe Mirambeau. Avec Léovanie Raud, Charlène Duval, Guillaume Beaujolais, Alexis Mériaux et Pascal Neyron accompagnés par le Frivol’Ensemble
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