Il y a quelques jours, COLT Studio Group a mis en ligne dans sa section Vault Classics deux vidéos datant des années 1970 : « Sweathogs » et « Handspray ». Dans ce dernier on y retrouve le fameux Bill Eld. Ce jeune homme fut l’une des grandes stars du porno gay qu’on qualifie aujourd’hui de « pre-condom » ou de « vintage ». Son sexe épais de près de 23 cm a beaucoup contribué à son succès.

 

Bill Eld magnifié par Jim French Photo : COLT Studio Group

Bill Eld magnifié par Jim French
Photo : COLT Studio Group

En plus d’être un modèle de Jim French chez Colt, Bill Eld (aussi connu sous les pseudos de Doug Austin et Bill Young) a tourné pour The Athletic Model Guild, Falcon (Pool Party, Workmen’s Compensation) et deux autres noms emblématiques du cinéma X gay : Jack Deveau (Le Musée, Adam & Yves) et Peter de Rome (The Destroying Angel, Sex Magic). Son interview publiée en 1977 dans le magazine In Heat n°2 – et dont nous vous offrons la traduction – dévoile une partie de son parcours en plus de témoigner d’une époque révolue…

In Heat : Commençons par des questions basiques. Où est-tu né, à quoi ressemblait ton enfance…
Bill Eld : Je suis né à Rochester, dans l’État de New York, en 1945. De 9 à 12 ans j’étais dans des foyers d’accueil, puis je suis resté dans un orphelinat jusqu’à mes 18 ans.

IH : Comment t’es-tu retrouvé dans l’industrie du porno ?
Eld : Il y a pas mal de choses à dire. Les gens venaient toujours vers moi. Bien sûr, je faisais de la muscu dans les salles de sport et j’étais très athlétique, et je dansais aussi à l’époque. C’était à San Francisco, sur Broadway. J’avais dans les 23 ans et je faisais un duo d’acrobate avec une fille. C’était très sensuel, mais rien à voir avec ce qui se faisait à New York. Vous ne pouviez pas monter là et faire comme si vous baisiez ou quoi que ce soit dans le genre. Cela devait rester artistique. Donc, comme je l’ai dit, j’ai été approché par beaucoup de gens et je commençais à faire pas mal de photos. Puis on m’a demandé de tourner dans des loops, des gens m’ont mis le grappin dessus, j’ai mis le grappin sur eux, et tout cela a pris l’importance que ça aujourd’hui.

IH : Étais-tu plus dans le gay ou l’hétéro à tes débuts ?
Eld : Oh, le gay, parce qu’à cette époque il y avait tellement de trucs hétéros sur le marché. Et puis les trucs gays qui sortaient étaient bons, mais pas tant que ça. Alors si vous aviez « l’équipement qu’il fallait », comme ils disaient, tu te faisais remarquer. Et bien sûr, un gay va être plus attiré par le corps d’un homme qu’un hétéro. Tu peux avoir un corps magnifique et travailler dans le cinéma porno hétéro et personne n’en a rien à foutre. La grande majorité du public ne regarde pas les mecs.

Une arrogance de facade Photo : COLT Studio Group

Une arrogance de façade…
Photo : COLT Studio Group

IH : Une tendance est en tain d’apparaître avec ces nouvelles porno stars comme Peter Berlin et Jack Wrangler, qui font la promotion de leurs propres photos et contrôlent leur carrière. As tu jamais songé à faire de même ?
Eld : Je suppose que je pourrais le faire si c’est seulement ça que je voulais. Mais ce n’est pas le cas. (Jim) Cassidy a eu du succès dans son entreprise. Je dirais que ce fut probablement lui le premier à faire sa propre promotion. Tout cela dépend de ce pour quoi on est fait.

Peter Berlin et Jack Wrangler, deux stars du porno gay "vintage" qui ont fait l'objet de films documentaires. Bill Eld n'a pas encore intréssé un réalisateur… et pourtant il y aurait tant à raconter…

Peter Berlin et Jack Wrangler, deux stars du porno gay « vintage » qui ont fait l’objet de films documentaires. Bill Eld n’a pas encore intéressé de réalisateur… Pourtant il y aurait tant à raconter…

IH : Penses-tu que l’industrie du porno a changé ?
Eld : Oh oui… tout change ou ça meurt. Le porno est bien meilleur. Ils y mettent un peu d’art, un peu de professionnalisme. Le public le demande, je pense.

IH : Les acteurs porno sont-ils traités en mieux ou en pire ?
Eld : Je pense qu’ils sont traités comme avant. Il y a toujours des charlatans dans le métier. Jusqu’à ce qu’ils légalisent le porno ou qu’ils le rendent illégale, tu ne peux rien contrôler. Un jour c’est légal, le jour suivant ça ne l’est plus, c’est la raison pour laquelle ça en est là où c’est, que ça appartient aux gens qui sont actuellement sur place.

IH : Tu es revenu à New York il n’y a pas si longtemps après avoir vécu en Californie. Quelles comparaisons fais-tu en matière d’opportunités professionnelles ?
Eld : Il y a plus de travail là-bas, mais les jobs sont de meilleure qualité ici. Parce que, premièrement, tu as plus de personnes là-bas. Je veux dire plus de personnes qu’on recherche. Tu pourrais prendre sept-huitièmes des USA et les envoyer tous en Californie et il n’y aurait pas tant de changements sociaux que cela. Mais bougez-les à New York, et tout sera différent. Pour y réussir – ou tout juste y vivre, c’est trois fois plus dur. Le rythme y est plus trépident. Pourtant je préfère New York. J’aime y faire des choses tard dans la nuit. Je peux le faire ici, alors qu’à L.A. tu es lié à l’automobile. Tu ne peux rien faire sans une voiture et c’est d’un ennui. C’est le style de vie qu’il y a là-bas. Si c’est ce qu’ils veulent, OK. Moi non, alors je n’y vis pas.

IH : Sur tes photos, tu donnes souvent une impression d’arrogance. Es-tu arrogant ?
Eld : J’ai découvert ça. Nombreux sont les gens qui m’approchent avec timidité parce que sur les photos je donne l’impression d’être très mystique et que j’ai… eh bien, un look. C’est à la fois séduisant et froid. Tu sais, ce côté « ne me touchez pas ». En fait, je ne suis pas comme ça, mais c’est ainsi que je pose. C’est ce qui vend, et heureusement j’ai travaillé avec des personnes comme Jim French et Lou Thomas qui le savaient et qui l’ont saisi. C’est avec eux que j’ai fait certaines de mes plus belles photos. C’était séduisant, sexy, avenant, mais très « ne me marchez pas dessus où je vous casse la gueule ». Et les gens, c’est ce qu’ils aiment.

Une fin sans doute tragique… Photo : COLT Studio Group

Une fin sans doute tragique…
Photo : COLT Studio Group

Qu’est-il advenu de Bill Eld ? Sa carrière porno a continué après cette interview jusqu’à ce que ce ne soit plus possible : accro à la cocaïne, il devint l’ombre de lui-même. D’après le Gay Erotic Video Index, il serait décédé.