De vendredi à dimanche, Le Cirque Electrique de Paris va s’échauffer avec un tout nouveau festival : le « What The Fuck ? Fest*** ». Trois jours de cinéma, de performances et de débats dédiés aux sexualités queer et dissidentes ! PinkX ne sera d’ailleurs pas très loin ! Le festival nous a accordés une carte blanche et nous avons choisi de vous présenter, samedi à 18h, une sélection de courts métrages d’Antonio da Silva qui explorent la sexualité gay  ! Nous avons rencontré FloZif et Marianne Chargois, deux des co-organisatrices, pour qu’elles vous en apprennent plus sur ce festival ! 

 

What the fuck fest : c’est quoi le principe ?
Avec la création du WHAT THE FUCK ? FEST*** !, l’envie était de créer à Paris un espace queer, festif, dédié aux sexualités, aux corps et aux genres. Le Porn Film Festival de Berlin événement annuel qui a fêté ses 10 ans l’année dernière, est pour nous une référence forte, dans la lignée duquel nous souhaitons nous inscrire. Il y a aussi la Fête du Slip à Lausanne, Only Porn à Lyon et Explicit à Montpellier, nous voulions que Paris puisse profiter aussi de ces créations.

Qu’est-ce qui a été le déclic ?
Notre constat de départ est le suivant : les représentations du sexuel sont multiples, complexes, et construisent des contre-cultures riches et passionnantes. Pourtant, l’expression de tout ce qui a trait à l’explicite, aux sexualités, n’est souvent pas pris au sérieux, voire disqualifié comme centre d’intérêt sous prétexte qu’il s’agirait de « pornographie » , la désignation « pornographie » fonctionnant alors comme repoussoir et catégorie méprisable. A l’encontre de ces idées préconçues, il existe de nombreuses créations et auteurs qui travaillent autour du corps et du Porn et nous pensons avec ce projet que les sexualités sont dignes d’être représentées, qu’elles célébrent des intérêts politiques, esthétiques, et collectifs. Nous prenons à contrepied l’aspect « sale petit secret » ou « vie privée », appliqué au sexuel, pour mettre en visibilité ses variations, ses constructions culturelles, sociales, ses rapports aux normes, et au hors-norme, à travers des ?uvres artistiques. Avec le WTFF, nous assumons le principe de nous intéresser au monde et au vivant par le prisme du sexuel.

FloZIF

FloZIF

Une petite explication sur le nom ?
Le nom, WHAT THE FUCK ? FEST*** !, contient dans sa formulation même des sens multiples. Ce qui reflète bien le kaléidoscope de corps, de pratiques, d’identités, présents dans ce que nous appelons intimité, ou sexualité : De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce que le sexuel ? A cette question, nous n’opposons pas une réponse « rationnelle », mais des faisceaux d’images, de réflexions, de fêtes et de paillettes! Et puis WHAT THE FUCK? cela signifie aussi « C’est quoi ce bordel »? Ce qui nous va très bien… et nous y répondons par l’affirmation : FEST***!

A qui s’adresse le festival ?
Le Festival se veut queer, post-porn , plus particulièrement avec des tendances gays, lesbiennes, féministes, poly, pan, diversités fonctionnelles, fetish, asexuel-le, écosexuel-les….Cela veut dire que nous mettons au centre de nos préoccupations tout ce qui percute les binarités et les normes : de genre, de catégorie, d’identité, de corps etc. Il est dès lors évident que le festival sera une mise en valeur des créations qui s’intéressent aux minorités, aux corps différents et invisibilisés, aux pratiques vues comme « déviantes »…. Pour autant, cela ne veut pas dire que ce festival ne s’adresserait qu’à un public averti, issu d’une subculture sexuelle. Au contraire, il s’adresse à tout le monde. Que l’on soit une personne cis, trans, hétéro, gay, butch etc, nous avons tous à y gagner à venir voir des films, des performances, assister à des workshops…afin de comprendre nos constructions, à dédramatiser l’endroit de nos variations sexuelles. Si nous nous intéressons prioritairement au non-normatif, c’est aussi parce que les marges permettent de comprendre les normes. Notre festival se veut un contre-espace bienveillant, autorisant, festif, et safe.

Marianne Chargois

Marianne Chargois

Qui est derrière l’organisation ?
Nous sommes une petite équipe de bénévoles, touTEs dans nos pratiques personnelles et professionnelles concernéEs par ce double endroit artistique et politique des sexualités. FloZif, qui a impulsé le projet, est une grande habituée des évènements queer, et une figure incontournable de la nuit parisienne. Elle a dirigé le festival de films gays et lesbiens de Paris pendant plus de 10 ans, a mis en place un ciné-club porn queer XPornX. Dans sa pratique artistique elle performe notamment avec Emilie Jouvet ou Felix Ruckert à Berlin. Elle organise plusieurs fois par an la Playnight : la seule sexparty pour meufs et trans à Paris ! Amaury Grisel est photographe, réalisateur, et shibariste, habitué des festivals s’intéressant aux questions de genre et de sexualité. Il nourrissait l’envie d’un tel festival depuis quelques temps. Marianne Chargois est travailleuse du sexe,très préoccupée et concernée par les politiques du corps et des sexualités à l’oeuvre. Elle est également performeuse/contorsionniste en danse contemporaine, ce qui l’amène à travailler avec des chorégraphes comme Gaëlle Bourges ou Matthieu Hocquemiller par exemple, qui mènent des réflexions passionnantes sur les sexualités dans l’histoire des représentations. Par ailleurs, elle est co-programmatrice du Festival Explicit (Festival d’expressions plurielles du sexuel) avec Matthieu Hocquemiller, qui a lieu au CDN de Montpellier (dont la prochaine édition se tiendra du 23 au 27 novembre 2016).

viens

Comment se monte un tel festival ?
Avec une conviction infaillible de l’absolu nécessité que cela existe ! Il est extrêmement dur , voire quasi impossible de trouver des financements publics ou privés lorsqu’on veut monter un projet touchant au sexuellement explicite. Nous avons le soutien du Cirque Electrique, qui est co-producteur et qui nous accueille très chaleureusement dans son espace magnifique. Pink TV, bien sûr. Et surtout, nous finançons avec le désir du public que ce festival existe : nous avons monté un crowdfunding qui a rencontré un vif succès. Concrètement c’est beaucoup d’énergies avec peu de budget. Mais le besoin et l’enthousiasme de créer un espace pour nos vies queer, même temporaire, prévaut sur toutes les complexités rencontrées. Il n’existe pas un tel événement à Paris, nous y croyons!!

"Zolushka", un court métrage avec Colby Keller à voir vendredi soir lors de la soirée d'ouverture

« Zolushka », un court métrage avec Colby Keller à voir vendredi soir lors de la soirée d’ouverture

A la différence de Berlin, Montpellier ou Lausanne, Paris a mis du temps à avoir son Porn Fest. Pourquoi à votre avis ?
Il y a eu un Porn Film Festival de Paris qui n’a pas réussi a perdurer mais qui a été essentiel. Ce qui est sexuel, ce qui se revendique porn est très violemment attaqué, notamment par les institutions, et compliqué à tenir techniquement sur la durée. Et puis l’interdiction au moins de 18 ans du Porn ne favorise pas la possibilité de monter des projections dans des cinémas classiques, même Art et essais.

Quelques temps forts de la programmation ?
La programmation s’attache essentiellement à projeter des oeuvres filmiques que nous avons peu la possibilité de voir autrement : des oeuvres post-porn DIY aux productions et diffusions très underground ; des films hors formats classiques, qui sont peu diffusés dans les circuits de productions actuels, jugés souvent trop explicites, trop militants, pas assez esthétiques, etc.  Nos coups de coeur du Porn Film Festival de Berlin seront présents, comme la très belle auto-fiction porn documentaire de Marit Osberg When we are together we can be everywhere par exemple. Nous ne pouvons pas non plus prévoir une programmation sans le travail incroyable d’Antonio Da Silva, autour des gays cultures sexuelles, dont les films sont tout autant esthétiques, pornographiques, qu’intelligents. Le film Viens! de Michel Reilhac et Melanie Legrand sera présenté et il sera possible d’expérimenter un dispositif de film explicit en réalité virtuelle 3D. Nous ferons aussi un focus sur des oeuvres historiques emblématiques. Et  nous proposons une soirée performance sur la thématique SexWork le samedi 9 juillet, également des débats/rencontres et des workshops. L’idée est de plonger les spectateurs et spectatrices dans 3 jours d’expérimentations autour du sexuel! Pour résumer, nous travaillons à un équilibre entre réflexion artistique, pornographique, politique ; ainsi qu’entre matière théorique, filmique, et scénique.

WHAT THE FUCK ? FEST***
Les 8, 9 et 10 juillet 2016 au Cirque Electrique
Carte blanche à PinkX : Best Of Antonio Da Silva, samedi 9 juillet à 18h
Plus d’infos : cliquez ici !

What The fuck Fest affiche