Présenté avec succès dans de nombreux festivals internationaux, « Little Gay Boy » est actuellement à l’affiche du Saint-André-des-Arts à Paris. Ce triptyque poétique et sexuel de Antony Hickling a révélé un jeune acteur : Gaëtan Vettier. Pour pinktv.fr, ce dernier revient sur son rôle et sur le tournage !

Pinktv.fr : Peux-tu nous présenter ton personnage dans « Little Gay Boy » ?
Gaëtan Vettier : Jean-Christophe, « J-C », c’est Little Gay Boy, un jeune parisien dont la sexualité et les rêves se trouvent malmenés au gré de ses mésaventures. Est-ce qu’il les subit de plein fouet ? Est-ce qu’il ne court pas sciemment à leur rencontre ? Ce que je trouve de passionnant dans ce rôle écrit par Antony, c’est qu’il est à la fois un personnage singulier, réaliste, et l’incarnation d’une figure ambigüe, celle de l’Innocence, du martyr, de l’objet de désir… Deux des références pour construire ce J-C étaient Le Livre de Job, dans La Bible, et le personnage du Visiteur dans Théorème de Pasolini.

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Quel est ton parcours de comédien ?
J’ai obtenu un baccalauréat scientifique et une licence en langue et littérature chinoises avant de me décider à me lancer dans ce métier. J’ai intégré, après ma licence, un conservatoire d’arrondissement à Paris, en théâtre, puis j’ai bossé dans une pièce qui a pas mal tourné. Mais j’avais envie d’aller plus loin dans la « maitrise » du métier… et j’ai eu la chance d’être accepté dans une école supérieure, à Rennes, le Théâtre National de Bretagne, où j’étudie encore actuellement.

Comment s’est passée ta rencontre avec le réalisateur Antony Hickling ?
J’ai rencontré Antony à Paris, en répondant à une annonce de casting pour son triptyque Birth. J’ai grandi loin des milieux artistiques, et commencer à bosser avec Antony était très excitant parce qu’il travaille au carrefour de plusieurs médiums (arts plastiques, vidéo, théâtre, performance) et qu’il fonctionne, à l’instar des troupes de théâtre, sur des bases de fidélité et d’apport mutualisé des compétences.

Qu’est-ce qui te plaît dans son cinéma ?
Tout ! L’audace, les thèmes abordés, ses influences. D’abord, en tant que spectateur, je trouve son cinéma complètement dingue, presque théâtral. Et puissant ! Ses premiers courts m’ont énormément touchés parce que, même très courts, ils abordent de grandes thématiques (la culture queer, la féminité, l’homosexualité, le genre, l’individu et le social) avec intelligence, fantaisie… La fantaisie d’Antony est, pour moi, sa grande force ! Et c’est toujours un geste authentique, presque intime, même quand il est pensé, réfléchi, mûri sur le long terme et nourri de tant de grandes œuvres. Parce que ce qu’il y a aussi d’admirable chez Antony, ce sont ses références artistiques, cinématographiques, littéraires, théâtrales, plastiques, hommages à de grands créateurs tels que Pasolini, Bausch, Jarman, Copi, Abramovic, Bacon, Bourgeois, et bien d’autres génies.

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Quelle est la scène que tu préfères dans « Little Gay Boy » ?
C’est bête, mais je crois que mes scènes préférées sont celles où J-C est seul. Et je ne pense pas que ce soit tout à fait narcissique : ce sont les seuls moments où on lui fiche la paix, et où il ne se saborde pas ! Mais j’aime aussi beaucoup la scène du banquet final, elle a quelque chose de grotesque, et elle était particulièrement « ludique » à tourner ! Le tournage en général a été redoutablement efficace et toujours dans une ambiance chaleureuse. Antony sait particulièrement bien s’entourer.

Et celle qui a été la plus difficile à tourner ?
La scène la plus difficile à tourner était sans doute celle de la déclaration d’amour à mon père! Nous tournions sans autorisation dans le bois de Vincennes, nous étions tendus par la présence des gardiens du bois, on était pressés par le temps, on devait tout cacher quand on pensait les voir arriver… J’étais stressé et je ne savais plus quel code de jeu adopter, j’avais du mal à comprendre ce que je devais faire… J’étais gêné de mon « amateurisme » devant Manuel Blanc… J’ai fini par me détendre, mais ce n’est pas un souvenir très glorieux.

Dans le film, tu es tout sauf pudique. Comment as-tu abordé (notamment dans la deuxième partie) la nudité ?
La deuxième partie a été l’occasion pour Antony de collaborer avec Amaury Grisel, photographe et vidéaste du BDSM dont je trouvais les photos de grande qualité. Le pas que franchissait Antony était excitant à suivre : on allait faire un film visuellement, psychologiquement très violent, et pour la première fois, Antony travaillait avec un scénario, un découpage, et un mode narratif relativement « classique »… Je suis pudique. Mais l’essor que connaissait Antony m’a influencé. Moi aussi je voulais repousser mes limites. La nudité, en général, est un outil dramaturgique pertinent, et je me suis posé cette question : « tu préfères être un acteur casse-cou ou casse-couille ? ». Donc j’ai décidé que je ne pouvais pas manquer cette aventure. La première journée de tournage du deuxième chapitre, je l’ai passée nu sur un lit. Les premières minutes, tout le monde était aussi gêné que moi, et puis mon corps -même nu- a dû se fondre dans le décor, tout le monde s’affairait autour de moi sans même me proposer serviette ou peignoir… finalement, chacun était à son poste, et par la suite, quand je ressentais naturellement une gêne, je regardais les collègues et je me disais « ils font leur job : moi aussi je fais mon job ». Et puis grâce au travail d’artistes comme Pina Bausch, au théâtre, on a complètement reconsidéré le corps de l’acteur. L’acteur n’est plus seulement une voix et un sac d’émotions, mais aussi un corps expressif. Ça vaut aussi pour le cinéma. Il s’agit moins de « moi-Gaëtan à poil », que de mon « outil de travail » au service d’une dramaturgie. Et tout le monde était extrêmement bienveillant. On a même tourné cette scène finale où je cours nu dans la nature, un matin de givre, dans un endroit de passage du bois de Vincennes ! Il faisait froid, et les promeneurs sortaient leurs chiens !

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Est-ce que tu étais déjà familier du SM et du bondage ?
Du SM et du bondage, tout ce que je connaissais était la Justine de Sade, La Vénus à la Fourrure et les photos de Betty Page. J’ai découvert avec Antony et Amaury Grisel un monde avec ses codes, son esthétique, son éthique… Je vois tout ça comme des performances « fantastiques ».

Est-ce que le film a changé ton approche de la sexualité ?
Si le film a changé mon approche de la sexualité, c’est plus sur le plan intellectuel qu’intime. Dans Little Gay Boy, les scènes de sexe, aussi explicites soient-elles, n’ont pas du tout vocation à exciter sexuellement comme dans le porno. C’est un moyen assez efficace pour exprimer et faire ressentir des émotions assez fortes. Elles rendent le film d’autant plus sensoriel. Voilà une question que j’aimerais explorer ou voir explorée aussi au théâtre. A mon avis, la sexualité est un excellent terreau pour l’art en général.

Est-ce que tu as hésité avant de tourner dans ce film ?
J’avais très envie de faire partie de cette aventure, et de donner corps à ce J-C. J’ai d’abord hésité sur quelques détails techniques (notamment sur la scène d’humiliation dans les toilettes). J’en ai pas mal discuté avec mes proches, mais je me disais que l’audace artistique d’Antony est un phénomène trop rare pour que je puisse passer à côté. J’ai eu un peu peur aussi que mon image soit trop fortement associée à cette figure du jeune ingénu gay, du minet victime. Mais pour ma part, je préfère avoir à assumer des choix radicaux que de subir une carrière fondée sur une frilosité. D’autant plus que, malheureusement, on est beaucoup plus pudibond aujourd’hui que dans les années 70-80 !

Comment s’est passé ta collaboration avec Manuel Blanc qui joue ton père ?
Je n’avais jamais vu son travail, mais on m’avait beaucoup parlé de lui. Et vu les conditions de tournage toujours rock’n’roll avec Antony, j’avais peur que ça ne fonctionne pas… En fait Manuel est complètement rock’n’roll !C’est un mec simple, généreux, la collaboration a toujours été ludique ! Idem pour tous les autres partenaires de jeu, d’ailleurs.

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Dans l’une de tes premières interviews pour « Gay Times magazine », tu disais que tu aurais adoré être James Franco. Qu’est-ce qui t’attire tant dans cet acteur ?
James Franco est un excellent acteur, il me rappelle James Dean au sens où il peut être à la fois rock’n’roll, élégant, sexy, bonne-ambiance et rentre-dedans. Et dans ses choix artistiques, il a l’air tellement décomplexé ! C’est un acteur-punk ! Ça fait du bien, dans ce monde de l’image ! Et puis les acteurs américains sont beaucoup plus caméléon. Acteur est un job qu’ils prennent très au sérieux… En France, on est, dans l’ensemble, beaucoup plus bohèmes, et je crois au travail, chez les acteurs !

Quels sont tes projets pour la suite ?
J’aimerais beaucoup retourner avec Antony ! Mais pour le moment, ce n’est pas en projet : l’école où je suis me prend tout mon temps. J’y apprends énormément, et j’y rencontre de très grands metteurs en scène. J’aimerais aussi mettre-en-scène de très vieux acteurs dans un théâtre visuel où ça crierait et où ça saignerait fort. Je suis très inspiré par le travail de Vincent Macaigne au théâtre !

« Little Gay Boy », de Antony Hickling
Avec Gaëtan Vettier, Amanda Dawson, Manuel Blanc…
Interdit aux moins de 18 ans
Bonus : « BIRTH 1 », « BIRTH 3 », « Q.J. », 3 courts-métrages de Antony Hickling
Egalement disponible en DVD chez l’Harmattan Vidéo.
A noter que « One Deep Breath », le nouveau long-métrage de Antony Hickling, vient également de sortir en DVD chez Optimale.

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