Forcément le point de départ de la pièce Hetero nous parle. Ce texte, que Denis Lachaud a écrit en 2000, imagine, en effet, un monde où les femmes n’existent plus. Une société 100 % virile et autosuffisante  où les hommes peuvent même enfanter. Le rêve, me direz-vous ? Pas tant que ça en fait !

Dans Hetero, le fantasme d’un environnement homo-centré est un leurre et est avant tout utilisé comme un miroir déformant pour montrer les limites du monde hétérosexuel. Détournant à sa manière le motif de « la demande en mariage » (que l’on voit souvent dans le théâtre classique), les hommes de Hetero ne font rien d’autre que reproduire les schémas du couple homme-femme. Ils en deviennent même rétrograde dans leur capacité à réactiver les vieux réflexes de la société patriarcale. Ici, on s’organise en dominant / dominé et selon des rapports de classe (l’homme qui porte l’enfant doit rester à la maison et avoir une moins bonne situation que son époux). En somme, Hetero véhicule avec un certain cynisme cette idée que le « sexisme » (ou ce qui s’en rapproche) finit toujours pas nous rattraper.

La mise en scène de Thomas Condemine accentue l’aberration  de cette situation et nous emmène dans un imaginaire clownesque à la limite du burlesque noir. Dans un appartement bourgeois sans couleurs, les comédiens apparaissent, en effet, le visage grimé de blanc, comme vidés de leur propre individualité. Ils sont des archétypes, des pantins victimes de leur environnement et sans vrai libre arbitre.  Le texte n’est pas dénué de quelques longueurs et on aurait aimé qu’il pousse encore plus l’absurde et le métaphorique. Mais quoi qu’il en soit,  Hetero donne à réfléchir.

 


Il est temps d’être un homme ! / Hetero par WebTV_du_Rond-Point
 

« Hetero », au Théâtre du Rond-Point
De Denis Lachaud, mise en scène Thomas Condemine. Avec John Arnold, Valentin de Carbonnières, Christian Caro, Bertrand Farge, Yvon Martin
Jusqu’au 19 octobre 2014 puis en tournée.

Crédit photo : Giovanni Cittadini Cesi