Cette semaine sortent au ciné deux films grands favoris des prochains Oscars : « Moonlight » très beau portrait d’un Afro-Américain qui découvre son homosexualité et « Jackie », le biopic attendu sur Jackie Kennedy avec la formidable Natalie Portman.

« Moonlight », un film de Barry Jenkins

Adapté de la pièce de théâtre In Moonlight Black Boys Look Blue de Tarell Alvin McCraney, « Moonlight » dépeint l’histoire de Chiron, jeune Afro-Américain élevé dans les quartiers pauvres de Miami, en s’intéressant à trois périodes clés de sa vie : l’enfance marquée par une mère accro au crack qui le délaisse ; l’adolescence où il découvre son homosexualité et par là-même le rejet; enfin l’entrée dans l’âge adulte où il s’est parfait un personnage de gangsta en guise de carapace. Avec beaucoup d’acuité et de sensibilité, le réalisateur Barry Jenkins montre toute les problématiques liées à la construction d’une identité dans une communauté où les codes de la virilité sont prédominants. Un film très fort traversé, malgré la dureté de certains passages, par de très beaux élans de poésie, sans parler du romantisme qui se dégage dans la dernière scène. Tous les acteurs sont excellents à commencer par le trio qui incarne le personnage principal. Co-produit par Brad Pitt, « Moonlight » a déjà été récompensé par le Golden Globe du meilleur film dramatique et on lui souhaite tout autant de succès aux Oscars.

 

« Jackie », un film de Pablo Larraín

Pour son deuxième biopic après ses fantasmagories autour de Pablo Neruda, l’Argentin Pablo Larrain s’attaque à une figure de taille : Jackie Kenny juste après l’assassinat de JFK; 90 minutes om l’on voit Jackie se battre pour mettre en scène des funérailles dignes de ce nom. 90 minutes où l’on assiste à la création de deux mythes : celui de feu le Président des Etats-Unis et celui d’une première dame désormais veuve qui devient un modèle pour la nation entière. Loin d’être hagiographique, le film est suffisamment intelligent pour montrer (non sans une pointe de cynisme) le rapport à l’image entretenu par Jackie à une époque où la télévision commence à s’introduire peu à peu dans les foyers. On ne naît pas Première Dame, on le devient pourrait-on dire.. et elle met, par là-même, en place les prémisses d’une politique entièrement guidée par la communication et l’image, procédés qui font aujourd’hui légion.(C’est aussi le sens à donner à l’interview qui sert de fil rouge à la narration). Dans cette vision quasiment opératique d’une femme brisée mais toujours consciente de ses effets, Natalie Portman est juste fabuleuse et bluffante. Du grand cinéma !