Depuis sa première interview pour PinkX il y a trois ans, alors qu’il tournait exclusivement pour FrenchTwinks, Théo Ford nous avait accordé d’autres interviews (lire ici et ). Nous avons également relayé son ascension spectaculaire dans l’industrie du X ainsi que ses amours. Le 16 septembre dernier, la veille d’un tournage intense à Paris et quelques heures avant de présider avec mr Pam notre « Opening Night Party », il a aimablement répondu à toutes nos questions…

Théo, de janvier 2016 à fin mars de cette année, tu as vécu en Australie où toi et ton mari vous vous êtes séparés. Tu vis actuellement à Londres. À ma connaissance, tu n’as plus tourné pendant presque deux ans. C’est comme si tu avais fait une pause dans ta carrière porno. Tu n’as jamais pourtant annoncé ta retraite.
Théo Ford : Mais Théo Ford n’a jamais cessé d’exister. Je n’ai jamais eu la sensation de m’être retiré. C’est juste que j’ai voulu privilégier mon couple. Son visa américain ne lui laissait pas le droit de rester plus longtemps en Angleterre. On devait se trouver un endroit où vivre tous les deux et le choix s’est porté sur Sydney, en Australie.

Avec toi, tout semble facile, tout est possible.
Théo Ford : C’est vrai qu’en deux semaines, on a fait nos visas, acheté les billets d’avion et le lendemain de mon anniversaire on partait en Australie. Les difficultés dans la vie sont en majeure partie crées par soi-même. Donc j’essaie à chaque fois d’aller de l’avant. Ce déménagement, c’était aussi un moyen de sauver mon couple. Ça n’a pas marché. J’ai toutefois voulu rester en Australie parce que je ne me sentais pas prêt à revenir dans le monde d’avant. J’avais besoin d’un break. Ça a duré plus d’un an. J’en ai profité pour beaucoup écrire, collaborant ainsi à plusieurs magazines. Mes articles sont introspectifs. J’y évoque les fluctuations de ma vie et mes émotions. Ils touchent aussi des sujets de société liés à la communauté LGBT. Il est important pour moi de montrer qu’un acteur porno c’est aussi être plein d’autres choses. Et que surtout, on peut aider, sans forcément prêcher la bonne parole, en disant tout simplement : « Voila ce que j’ai vécu ! Si vous avez vécu la même chose, vous n’êtes pas seuls et vous pouvez vous en sortir ! »

Tu as souffert d’une dépression…
Théo Ford : C’est très difficile d’en sortir. J’ai beaucoup écrit sur elle. Ça m’a amené à être physiquement malade. J’ai eu une anémie. J’ai perdu presque 20 kilos.

Théo s’est heureusement remis de sa dépression. Le voici le 16 septembre 2017 dans le quartier de la République autour d’une bonne table avec le Hollandais Logan Moore (avec lequel il entretint une relation qui fit le buzz en 2015), le Britannique Gabriel Cross (son « partner in crime ») et le Russe Dato Foland (plus d’une fois son collègue de tournage) Photos : Thom et Théo Ford

Tu es aujourd’hui en forme. Tu t’en es manifestement sorti sans séquelle physique.
Théo Ford : J’ai repris presque la moitié des kilos que j’avais perdus. Mais ce n’était pas facile. Ma dépression m’a amené à être hospitalisé plusieurs fois. Il y avait des moments où j’avais envie de m’endormir et de ne plus me réveiller… Mais je suis revenu à Londres. Pour son énergie. Pour me rapprocher de ma mère, qui vit en Irlande, et de ma sœur, qui est à Londres. J’ai aussi passé du temps avec des acteurs comme Mickey Taylor et Gabriel Cross. Mais il fallait que je prenne mon temps pour savoir si j’avais envie de revenir sur les plateaux de tournage.

Gabriel Cross ! Sur ton compte Twitter, tu en parles avec beaucoup d’affection. Est-ce un ami, un boyfriend ?
Théo Ford : On est plus que des amis, plus que des collègues. C’est un peu comme on dit en anglais « my partner in crime ». On se connaît depuis des années. On a fait les 400 coups et je l’adore. Il a aussi été l’une des personnes les plus présentes quand je n’allais pas bien. Depuis récemment, on fait plein de choses ensemble. On a tourné dans une même scène pour Men, il y a la « PinkX Awards Opening Night party» et le film « Paris Perfect ». Je ne suis bien qu’avec lui. Pendant la semaine où on a tourné à Paris, il a dû à un moment partir et il m’a manqué. Mais il est de retour. Gabriel est vraiment quelqu’un qui compte pour moi. Même s’il ne s’agit pas d’amour.

Gabriel et Théo à Paris. Pour le tournage de Paris Perfect et l’Opening Night Party des PinkX Gay Video Awards 2017 – Photos : Gabriel CrossAylau Tik pour Pinktv et Thom

Si j’ai bien compris, « Paris Perfect » n’est pas le film de ton retour ?
Théo Ford : C’est le premier tournage où l’on me revoit. Mais depuis un mois j’ai tourné quatre scènes pour Men. Mais la prod. tient à ce que les acteurs ne communiquent pas en avance sur les films en cours.

Comment t’es-tu retrouvé sur le tournage de « Paris Perfect ».
Théo Ford : Je connais depuis longtemps mr Pam. On se croise dans des soirées, sur Twitter. Elle a beaucoup travaillé avec Mickey Taylor, qui est ma sœur de cœur, qui est folle furieuse. On est tarés ensemble, deux pestes drôles, créatives, bizarres et différentes.

Mickey Taylor se donne effectivement les moyens de ses ambitions. Deux de ses chansons, « All Day » et « In The Night » viennent de bénéficier de très bons clips. Dans l’un d’eux, tu joues l’élément perturbateur du couple qu’il forme avec Gabriel Phoenix.
Théo Ford :  (Rires.) Mickey est quelqu’un que j’admire tous les jours, même si on n’a pas le même avis sur tout. Mais je l’admire car il croit en lui-même et il y va à fond, peu importe qu’on aime ou pas.

Voici le clip de Mickey où l’on retrouve Théo …

Théo Ford : Mais pour revenir à mr Pam, on s’est rencontrés à nouveau en mai dernier, lors des « Prowler Porn Awards » à Londres. Je lui ai dit que ce serait bien de travailler ensemble. Elle m’a alors appris qu’à la rentrée elle tournerait un film en France avec PinkX et que ce serait l’occasion. Le temps passe et les choses se précisent. Gabriel Cross sera dans le casting du film tourné à Paris. Je souhaite alors d’autant plus y être. En plus, c’est à côté. Ça va en effet plus vite d’aller de Londres à Paris que de Londres à Manchester. Quand PinkX m’a contacté pour savoir si j’aimerais présenter avec mr Pam la liste des nommés aux « PinkX Gay Video Awards 2017 », je n’avais plus de doute d’en faire partie.

Théo et mr Pam, maîtres de la soirée !!! photo : Aylau Tik pour Pinktv

Le tournage à Paris été intense.
Théo Ford : C’était en effet non-stop pendant une semaine, de 9h à minuit. Le film s’est fini officiellement le 15 septembre à minuit pile. Et on ne tournait pas que du sexe. Il y avait place aussi à la comédie. J’adore ça quand un film porno te donne les moyens d’être plus qu’un « bon baiseur », mais aussi un comédien. Bien sûr, avec nos horaires, on dînait très tard. Je tiens ainsi à remercier Adrien, le manager du « Who’s », 14 rue Saint-Merri, pour son accueil. On venait à 1 h du matin, on formait un groupe bruyant, et lui et son équipe ont toujours été très serviables, très gentils.

La partouze de Paris Perfect s’est finie à minuit pile. Il y avait au moins l’Espagnol Denis Vega, les Américains Colton Grey et Johnny V., le Franco-irlandais Théo Ford et l’Espagnol Dani Robles – Photo : mr Pam

On se joint à tes remerciements. « Paris Perfect » est à plus d’un titre un film événement : premier film réalisé en France par mr Pam, c’est une coproduction PinkX et NakedSword où l’on te retrouve notamment toi et François Sagat ! C’est vraiment top !!! (Rires.)
Théo Ford : François, on s’était rencontrés il y a quelques années. Mais très brièvement. Là on a eu le temps de parler. Si nous sommes très différents, il y a plein de choses qui nous lient. On a notamment fait la même école de mode, le Studio Berçot à Paris. J’ai vraiment apprécié de le rencontrer. Et puis pour moi, qui suis quand même en partie français, il y a un peu cette idée que nous sommes ce que la France a de meilleur à donner. (Rires.) Sans forcément avoir la grosse tête, depuis 10-15 ans, il n’y a pas eu autant de Français qui ont réussi à casser les codes tout en atteignant une telle popularité.

Théo et François sur le tournage de Paris Perfect et lors de L’Opening Night Party – Photos : Dani Robles, Leo Forte et Thom

Toi, tu as apporté au porno un glamour habituellement incarné par les top modèles des magazines de mode. Ceux plus précisément de la grande époque des années 1990, les Albert Delègue, Greg Hansen et autres Marcus Schenkenberg. Tu fais également preuve d’une élocution et d’une culture qui te rendent unique dans le milieu du X.
Théo Ford : Je ne veux pas être comme tout le monde. Embrasser à bras ouverts ce qui me caractérise, les qualités comme les défauts, c’est ce qui fait de moi quelqu’un d’unique. Et il est important d’avoir une culture et de s’intéresser au monde.

Ce qui m’a le plus surpris, outre ton physique, c’est que dès tes premières interviews, alors que tu n’avais que 25-26 ans, tu t’exprimais déjà avec une maturité et un talent inhabituels. Avant même que je te rencontre, Antoine Lebel, de FrenchTwinks, ne tarissait pas d’éloges sur toi.
Théo Ford : L’envie d’exprimer mes émotions était déjà là. Mais c’est lié aussi au travail que j’avais fait en relation presse. J’ai travaillé pour Dsquared. J’ai longtemps travaillé aussi pour Jitrois. C’est Jean-Claude qui m’a vraiment forcé à lire Marguerite Yourcenar, Virginia Woolf. J’étais jeune encore, je venais d’arriver à Paris et mon français était quand même limité. Ça fait dix ans que j’ai découvert « Mémoires d’Hadrien » de Yourcenar, et l’œuvre est toujours là en moi. Toutes les études que j’ai pu faire, Sciences Po à Dublin, création de mode au Studio Berçot à Paris, creative writing à Londres, marketing et communication à Sydney, je les ai toutes faites pour pousser mon langage et m’offrir plus de perspectives. Le prénom « Théo » fait référence à « apotheosis », c’est-à-dire l’ascension d’un être humain en dieu. Il y a l’idée d’évoluer, d’apprendre chaque jour afin de devenir une meilleure personne, quelqu’un capable d’émettre plus d’énergie positive. Il ne faut pas se contenter de n’être qu’un mouton dans le troupeau. Mais au contraire être l’étoile qui guide les rois mages. C’est comme ça que je suis avec les amis et mes relations. Juste les guider. J’ai beaucoup appris de mon mariage. J’ai fait de grosses fautes. J’ai trop voulu l’aider.

Théo n’a pas manqué de remercier Antoine Lebel, nommé entre autres dans la catégorie meilleur film français aux PinkX Gay Video Awards 2017, d’avoir initier sa carrière X… – Photo : Aylau Tik pour Pinktv

J’ai toujours considéré que ton mari ne pouvait te voir que comme son prince charmant européen. N’as-tu pas fait ce qu’il rêvait qu’on fasse pour lui ?
Théo Ford : Non. J’en ai vraiment trop fait et j’ai depuis en tête cette analogie : « Si quelqu’un se noie, il ne faut pas se jeter à l’eau pour le sauver. Il faut être le phare, celui qui le guide pour qu’il puisse se sauver lui-même. » Je pense que j’étais la bouée percée et qu’on a pris l’eau tous les deux.

Tu es quelqu’un de sensible et de respectueux. Mais quand quelqu’un te fait une crasse ou dit une bêtise énorme, tu peux être très dur.
Théo Ford : Je suis très impatient. Je n’aime pas trop passer du temps avec des personnes qui n’ont pas forcément l’intelligence d’être correctes avec moi. Je n’aime pas non plus quand des choses fausses ou blessantes sont dites sur moi et d’autres. Le racisme, l’antisémitisme au sein de la communauté LGBT ou dans le porno m’insupportent. Il y a beaucoup de choses qu’il est important de combattre. Et même si ma plateforme est petite, même si ma voix n’est qu’un murmure, « All that is necessary for the triumph of evil is that good men do nothing »… Ce qui veut dire en français « Le mauvais esprit triomphe si les gens bien ne font rien ». C’est toujours ce que je me dis si je ne fais rien contre. Je ne suis alors pas mieux que ces personnes qui font ces horreurs. Sans être un super-héros, je ne peux pas laisser passer une injustice. Et je suis très franc. J’essaie de me tenir au niveau le plus haut, quitte à être dur avec moi-même. Parfois, j’ai été trop dur et j’ai eu des soucis. Qu’on me trouve bon ou mauvais, je me donne au maximum.

Théo Ford est l’un des acteurs de « Baise avec les stars » (FrenchTwinks) nommé dans la catégorie meilleur film français aux « PinkX Gay Video Awards 2017 ». Les votes sont ouverts jusqu’au 15 octobre 2017 sur le site www.pinkxgayvideoawards.com.

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