Tout droit venu de Marseille où il rencontre un franc succès, Thierry Wilson, alias Zize, part à la conquête de Paris et présente jusqu’au mois de janvier à la « Comédie Caumartin » son « one maman show » délirant : « La Famille Mamma Mia ». Ou comment une mère de famille possessive (et à l’accent provençal bien trempé) se désole de voir son fils se marier…. et lui échapper. Une heure durant, on se délecte de ses expressions 100 % marseillaises délicieusement imagées…. et de ses piques à l’attention d’une belle famille adepte du naturisme ! On en redemande !

Comment est né le personnage de Zize ?
L’envie d’écrire est venue de mes années passées chez « Michou ». J’y ai vécu des moments extraordinaires mais, venant du théâtre, faire du transformisme avait quelque chose de frustrant car je devais me restreindre à l’imitation et au playback. En donnant naissance à  Zize, j’ai pu, comme dirait l’autre, me « libérer, délivrer ! » (rires). J’ai pris la décision de quitter Paris pour m’installer un an à Marseille, dans le quartier pittoresque du Panier. J’étais en immersion dans le « vrai » Marseille, au contact de ces gens qui parlent de manière très imagée avec des mots que je ne connaissais pas forcément. Je me suis beaucoup imprégné de cet environnement et je me suis aussi servi de mes souvenirs d’enfance dans la région. Mes parents avaient un bistro et, quand je faisais mes devoirs dans l’arrière-boutique,  j’entendais les clients qui racontaient leur vie. Ma mère disait qu’elle était plus assistante sociale que serveuse (rires). Enfin, il a fallu que je trouve le look de Zize.  Je me suis inspiré de la mère de Mrs Fine, le personnage principal de la série « Une Nounou d’Enfer »,  que je trouvais généreuse, pulpeuse. À l’époque je n’avais pas arrêté de fumer,  j’étais très mince et je mettais beaucoup de mousse sous mes robes pour paraître plus enveloppé… Maintenant, j’en mets beaucoup moins (rires).

Dans ce troisième spectacle, Zize raconte les préparatifs du mariage de son fils et nous présente cette belle famille dont elle a du mal à s’accommoder !
Je voulais traiter d’un sujet qui parle à tout le monde. Et grâce à Mme Taubira, il parle vraiment à tout le monde (rires). Je le vois dans la salle. J’ai de nombreux couples homo ou hétéro qui viennent voir le spectacle juste avant de se marier et qui emmènent leurs belles mères pour leur faire passer un message… Je mets un sourire là où certaines situations peuvent paraître tendues dans la vraie vie. Bien sûr, je m’amuse avec tout ça, je caricature à l’extrême. Par exemple, Zize, qui est allergique à sa belle-fille, se gratte à chaque fois qu’elle essaie de prononcer son nom… Zize est l’archétype de la mère juive et marseillaise hyper protectrice.  La plus belle chose qu’elle a fait sur terre, c’est son fils et elle voulait rester la seule femme de sa vie !

Avec une mère pareille, on s’étonne presque que son fils ne soit pas gay !
Elle aurait tellement voulu ! Mais attendez, j’ai déjà écrit la suite… Car Zize a eu par accident, ou retour de manivelle comme elle dit, un deuxième fils et celui-là….

Zize joue avec la langue de la région comme le faisait en son temps Pagnol. On apprend plein d’expressions ludiques ou grivoises. Y en a-t-il, en particulier, que vous affectionnez ?
Il y a, par exemple, ce moment où elle est avec son flacon d’eau oxygénée et qu’elle dit : « Je commence par me décolorer les racines et je finis en bas, en me faisant « la planchette » ». C’est une expression qui n’existe pas je crois à Paris… Mais c’est tellement imagé que l’on comprend parfaitement ce qu’elle veut dire par «  planchette »…  Zize dit aussi de son neveu que c’est un « jobastre » ou un « fada ». Avec le geste on comprend tout de suite qu’il est cinglé… Tout ce parler pittoresque rend le personnage attachant. D’ailleurs, le diminutif Zize (pour Elise) était aussi utilisé à Marseille pour parler des « cagoles ». Quand on voyait une fille un peu délurée, un peu grosse et boudinée dans une robe serrée, on pouvait dire « Ça, c’est une zize ! »

Qu’est-ce que vous aimez à Marseille et comment se passe la vie gay là-bas ?
C’est une ville très agréable. Certes, il n’y a pas autant de choses qu’à Paris ou Berlin, mais on trouve quand même des clubs comme le « New Cancan », des bars et pas mal d’établissements gay friendly. Et contrairement aux clichés que l’on a sur Marseille, je n’ai jamais eu aucun souci avec mon personnage. Après mes débuts au « Théâtre du Têtard », j’ai très vite été sollicité pour jouer à la « Grande Comédie », le plus célèbre café-théâtre du Vieux Port. Dans la foulée, Azur Tv, la télévision locale, m’a appelé pour participer à l’émission quotidienne « C’est le moment ». Je jouais les trouble-fête et perturbais la rencontre entre la journaliste Sylvie Zerbib et l’invité.  En quelques mois, l’émission a fait un boom et a participé à la notoriété de mon personnage. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. Mais deux ans après, quand on m’a proposé de faire un direct sur France Bleu Provence lors de la foire de Marseille, il y a eu un attroupement hallucinant quand je suis arrivé en Zize. Là je me suis rendu compte du pouvoir de la télévision. C’était une TV locale mais j’étais rentré dans les foyers des gens. Et c’était magique.

Zize a l’air d’avoir pas mal d’amis dans le show biz. Lorsque j’étais venu voir votre « One Miss Show » à Avignon, il y avait notamment Amanda Lear dans la salle…
Amanda, c’est une femme incroyable. Elle a tellement d’humour ! J’ai eu la chance de la rencontrer grâce à Raymond Acquaviva qui était mon professeur au cours Florent et pour qui elle a joué de nombreuses pièces (notamment « Panique au Ministère » et « La Candidate »). J’aimerais avoir sa culture, son intelligence… J’étais avec Amanda il y a quelques jours dans les Baux-de-Provence. On partait acheter de l’huile d’olive dans un château et elle avait mis une perruque pour passer incognito. Sauf qu’à peine arrivés, une femme la reconnait et veut faire un selfie. Amanda lui répond qu’avec sa perruque elle ne ressemble à rien… La dame lui dit de ne pas s’inquiéter, que elle-aussi ne ressemble à rien. Et là Amanda rétorque : « Oui mais vous, vous avez l’habitude ».  La dame a éclaté de rire en disant :  » C’est pour ça qu’on vous adore ! » (rires).  Je suis aussi très ami avec Julie Pietri, une femme délicieuse, extraordinaire, belle, raffinée, intelligente…. Ou encore avec Chantal Goya, chez qui j’avais dormi une nuit à l’époque où Jean-Jacques Debout m’avait écrit une chanson. La plupart de ces artistes, je les ai rencontrés au fil de ma carrière de transformiste. Toutes les stars sont venues chez « Michou ». Je me souviens y avoir rencontré Liza Minnelli qui était passer dans les loges pour nous féliciter… ou encore d’avoir recoiffé Joan Collins de « Dynastie »… J’ai aussi rencontré Yves Saint Laurent, Diana Ross…

Parmi les autres femmes de votre vie, il y a eu aussi Coccinelle que vous avez rencontrée à 17 ans…
J’ai eu la chance de partager la vie de Coccinelle pendant les vingt dernières années de sa vie et j’ai vécu des choses incroyables avec elle. Un jour, j’ai reçu un fax de l’agent de Ru Paul à New York qui demandait l’autorisation de reprendre, pour son clip « Supermodel », la coiffure que Coccinelle avait à l’Olympia. Quelques temps après, on reçoit une autre demande de sa part pour faire un duplex entre Marseille et Los Angeles. Ca c’est passé pendant la première nuit gay de Canal +.  Coccinelle était au « Bataclan » où elle chantait « Besa me mucho ». Une nouvelle génération découvrait la star du Carrousel. Tous ces jeunes étaient encore plus fascinés quand ils apprenaient qu’elle était la première femme transsexuelle en France.  Je rêve que l’on fasse un jour un documentaire ou un biopic sur Coccinelle à l’image du très beau documentaire de Sébastien Lifhstiz sur Bambi. Des Américains avaient ce projet mais ils voulaient enlever le joli côté de l’histoire…. J’ai aussi pensé à raconter son histoire sur scène mais onze ans après sa mort, je me demande toujours si cela pourra intéresser quelqu’un…

En parlant d’hommage, j’imagine que vous avez dû être très touché que l’an passé, une promenade parisienne soit baptisée du nom de Coccinelle…
Coccinelle avait acheté une concession au cimetière de Montmartre et au dernier moment elle a changé d’avis. Elle voulait que j’emmène ses cendres dans un endroit qu’elle avait choisi. Coccinelle n’a pas souhaité qu’on dise où elle avait été inhumée. Elle avait laissé un mot « Je n’ai pas eu ma vie. Qu’on me laisse ma mort ».  Après sa disparition, j’ai pourtant reçu beaucoup de messages sur Facebook de gens qui me demandaient où ils pouvaient se recueillir. C’est Bambi qui a eu l’idée de faire une demande à la mairie pour qu’un lieu soit dédié à la mémoire de Coccinelle. Et aujourd’hui, grâce à Bambi et à Mme Bidar de la ville de Paris, il y a un endroit où l’on peut se recueillir et penser à elle.

Zize dans « La Famille Mamma Mia ! »
Comédie Caumartin (Paris 9e), du mardi au samedi à 19h

 

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