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« Un Couteau dans le cœur » : Un hymne aux cinémas X et Z

En décembre 2015, Arte France annonçait que Vanessa Paradis allait incarner dans Un Couteau dans le cœur, un film de Yann Gonzalez qualifié de « thriller d’amour et de mort », une productrice « de films pornographiques homosexuels de la fin des années 1970, à Paris ». La nouvelle avait fait le buzz, avec des titres comme « Vanessa Paradis, bientôt productrice de porno gay ». Mais n’y avait-il pas surinterprétation ? Le qualificatif d’homosexuel utilisé par Arte pouvait ne faire référence qu’au lesbianisme. Le doute a été levé en avril 2018 quand il fut annoncé qu’Un Couteau dans le cœur était présenté en compétition officielle du Festival de Cannes. Le synopsis publié sur le site officiel du Festival levait l’ambiguïté : « Paris, été 1979. Anne est productrice de pornos gays au rabais. Lorsque Loïs, sa monteuse et compagne, la quitte, elle tente de la reconquérir en tournant un film plus ambitieux avec son complice de toujours, le flamboyant Archibald. Mais un de leurs acteurs est retrouvé sauvagement assassiné et Anne est entraînée dans une enquête étrange qui va bouleverser sa vie. » Quant à la bande-annonce, intrigante et sexe, postée sur Youtube en mai, elle allait au-delà de nos espérances…

À l’occasion de sa sortie en salle le 27 juin, une information publiée dans plusieurs médias – dont Le Monde – a accentué notre envie d’aller voir le film au plus vite : la réalisatrice que joue Vanessa Paradis est inspirée d’un personnage réel, une Française qui fit partie des pionniers du porno gay : Anne-Marie Tensi. Woaw ! Même au sein de PinkX nous n’avions jamais entendu parler d’elle…

Le fait qu’une femme réalise des films pornographiques gays ne doit pas nous surprendre. Depuis plusieurs années, mr Pam fait les très beaux jours de NakedSword. Nica Noelle a la même importance pour Icon Male. Nous nous souvenons que l’Italienne Susi Medvsa avait réalisé en 2006/2007 Leather Inside et One Track Mind pour ManSize/PrivateMan et qu’on doit à la Française Sabrina Ricci Gay Country Club sorti en 2003. Et Nul doute qu’il y a d’autres femmes réalisatrices de pornos gays… – Photos : mr Pam, Nica Noelle, Susi Medvsa et Sabrina Ricci

Sur la question de la crédibilité du personnage incarné par Vanessa Paradis, on supputait que Gonzalez donnerait l’exemple le plus connu, le plus actuel : mr Pam. Mais non. Il cite Anne-Marie Tensi, faisant preuve d’une érudition qui l’honore. Avec Hervé Joseph Lebrun, ancien délégué général du Festival du film gay et lesbien de Paris, réalisateur en 2014 du documentaire Mondo Porno : A Study of French Gay Porn in the 70’s et conseiller historique sur Un Couteau dans le cœur, Gonzalez dresse dans Le Monde le portrait d’une pionnière qui avait sa propre boîte de prod, AMT Productions, ainsi que des salles de cinéma comme la Marotte à Paris. En tant que réalisatrice, elle utilisait des pseudos tels que Antony Smalto et Job Blough. Autoritaire, peu scrupuleuse et alcoolique, elle avait une liaison amoureuse avec Loïs Koenigswerther, sa monteuse. La plus grande partie de ses productions sont aujourd’hui introuvables. Tout un passé pornographique gay a disparu et est tombé dans l’oubli. Ajoutons que l’usage de mêmes pseudonymes par Tensi, Koenigswerther et d’autres comme en témoigne GayEroticVideoIndex (voir ici et ) accentue le mystère sur cette femme. Diabétique, elle serait décédée en 1994, à 52 ans.

Hommage au giallo, polar italien de série Z qui eut comme maître dans les années 1970-1980 Dario Argento, film porté par des acteurs, des effets de style, des images et une musique à forte empreinte émotionnelle, Un Couteau dans le cœur est aussi plein d’autres choses :
– Un hymne au porno gay français d’une époque révolue. Outre la réalisatrice productrice Anne-Marie Tensi, il est fait références à Cadinot. Dans la chambre de Karl (Bastien Waultier), la première victime du serial killer, des photos du maître du X gay décorent les murs. Plusieurs acteurs apparaissent d’ailleurs tels des réminiscences de modèles de Cadinot. Comment ne pas penser à l’un de ses acteurs fétiches, Lucien Lebrun, quand on regarde Khaled Alouach (Nans/Fouad) ?
– Une mise en valeur d’individus qui sont tous des marginaux, des déviants, des laissés pour compte. Ainsi, le fluffer (Pierre Pirol) est certes risible et pathétique, mais il n’en est pas moins « Bouche d’or » ! Alors total respect !!!
– Une thématique qui invite à être le plus soi-même dans la salle de cinéma. Ainsi le spectateur/voyeur qui écrit ces lignes n’a pas du tout été surpris que les trois amis-amants en short assis à ses cotés se soient caressé les cuisses, les mains et l’entrejambes pendant toute la durée du film 🙂 🙂

Attention : Quitter la salle dès les premières secondes du générique, c’est manquer de voir une Vanessa Paradis au milieu d’une partouze gay onirique. Le sourire complice qu’elle adresse à Archibald (Nicolas Maury) est une happy-end. Provisoire bien sûr, car on sait qu’elle sera suivie par une autre histoire, la vraie et terrifiante épidémie du sida apparue au début des années 1980. On se dit que la présence au casting de Romane Bohringer, qui fut l’héroïne de l’emblématique Les Nuits fauves de Cyril Collard, n’est pas un hasard…

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