Pinkx

Jürgen Brüning : Le producteur qui allie porno et cinéma d’auteur

PinkX développe avec Pinkflix – seulement sur PinkX.EU – son contenu en disponibilité immédiate et illimitée. Sa programmation s’ouvre ainsi davantage à des cinéastes gays et queers qui intègrent dans leur narration des scènes pornographiques, notamment le Thaïlandais Oompon Kitikamara dont le film SM Playboy (and the Gang of Cherry) est dès maintenant sur Pinkflix. Le producteur qui les fédère ? Le Berlinois Jürgen Brüning qui a aimablement répondu à nos questions…

Réalisateur, producteur, distributeur et fondateur du Porn Film Festival de Berlin, vous faites même de la figuration comme on peut le voir dans le film Berlin Drifters réalisé par le Japonais Koichi Imaizumi. Vous rappelez-vous quel film ou quel réalisateur vous a donné envie de faire du cinéma ?
Jürgen Brüning : Je pense que c’est Fassbinder. Il était mon héros quand j’étais jeune. Je voulais vraiment faire des films car je l’idolâtrais. Plus tard j’ai réalisé que j’étais meilleur producteur que réalisateur.

Jürgen Brüning, en chemise bleue et rouge, à droite, dans Berlin Drifters

Il est vrai que cela fait plus de dix ans vous n’avez plus rien réalisé.
Tout-à-fait. Je vieillis et mon énergie se focalise sur tous les films que je produis, aux côtés de réalisateurs.

Comment définiriez-vous votre travail de producteur ?
Une petite goutte dans l’océan du cinéma. Cela me rend heureux quand, parfois, cela crée de petites vagues et atteint quelques personnes qui détestent ou adorent.

Est-ce que « controversé » est le bon terme pour définir votre travail ?
Je ne suis pas sûr de ce qui de nos jours est « controversé ». Je ne fais pas de film pour provoquer. Je travaille avec des réalisateurs qui ont une vision que je partage. Certaines personnes pensent que ce travail est polémique, pas moi.

En 1996 vous aviez cocréé Cazzo Film Berlin que vous alliez quitter quelques années plus tard. Puis vous avez fondé un autre label porno gay, Würstfilm. C’est pourtant au sein de Jürgen Brüning Filmproduktion, votre boîte de production cinématographique, qu’est sorti en 2017 Berlin Drifters. Ce film contient plein de scènes de sexe gays explicites et peut rappeler ce qui avait rendu célèbre Cadinot, à savoir des pornos reposant sur un scénario solide et des scènes de sexe beaucoup plus nombreuses que la formule porno des 4 à 5 scènes. Faut-il comprendre qu’il est plus intéressant pour un film X gay de ne pas sortir sur un label spécifiquement dédié au porno gay ?
Je ne définirais pas Berlin Drifters comme un porno gay. J’avais été contacté par le réalisateur Koichi Imaizumi pour l’aider à réaliser le film. C’est un acteur de films pour adultes au Japon, alors il sait comment filmer des scènes explicites. Mais il voulait aussi raconter une histoire intéressante. Je pense qu’il a fait un film très touchant qui fait parfaitement le lien entre les scènes de sexe et les sentiments des personnages. Malheureusement, à cause de législation, ce film est perçu dans la majorité des pays comme un film porno et ne peut se montrer en dehors d’un cadre pornographique. Il a toutefois été projeté dans des festivals qui ont vu son potentiel artistique.

Quel est le futur de Würstfilm ?
Il n’en a pas. À cause principalement d’Internet, la vieille façon de faire du porno a radicalement changé. L’industrie est de plus en plus dominée par des géants du Net et un petit label de niche comme Würstfilm n’a plus sa place dans ce système.

Comment vous est venue l’idée de créer le Porn Film Festival de Berlin ?
En 2005, après avoir produit des films porno pendant 10 ans, je ne voulais plus partager mon temps à produire soit des pornos, soit des films plus artistiques. C’était le bon moment pour combiner l’art et le porno et j’ai ainsi fondé le Porn Film Festival de Berlin qui continue de combiner une approche pornographique à une approche artistique afin de faire des films explicites.

Quelles en sont vos plus grandes joies ?
Que le festival continue d’attirer un grand nombre de réalisateurs et un public important, et qu’on y a plaisir à discuter sur l’aspect politique de la sexualité, du corps et du genre. Que ce festival est aussi une place d’échanges afin de produire des films explicites audacieux.

Quelques déceptions ?
Je suis plus déçu par l’état du monde d’aujourd’hui.

Photos d’ouverture : Kellerloch (Würstfilm), Berlin Drifters, Playboy (and the Gang of Cherry) et Death Drive (Dark Alley)

Tags
Montrer plus

Articles liés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Close