Actus LGBT

« Jonas » : Entre teen movie et film dark, le chef-d’œuvre du réalisateur et scénariste Christophe Charrier

Avez-vous vu Jonas ? Le film était rediffusé le vendredi 1er mai au soir sur Arte et il est depuis en replay sur la chaîne franco-allemande jusqu’au 14 mai et au-delà sur Netflix. P*****! La claque qu’on se prend !!! Au sentiment d’euphorie que procure une œuvre si aboutie – la mise en scène, l’esthétisation de l’image, la musique et le son, ainsi que les acteurs, époustouflants ces acteurs -, cette œuvre sécrète aussi une profonde mélancolie. Par effet miroir, Jonas appuie là où ça fait mal : la nostalgie de ce qu’on a perdu à tout jamais et la nostalgie de ce qu’on n’a jamais eu la chance de vivre. Bandes-annonces :

Une française…

Une autre…

Une américaine…

Il y a des différences. Qui apparaît, qui n’apparaît pas ? Qui du Jonas collégien (interprété par Nicolas Bauwens) ou du Jonas adulte (Félix Maritaud) prime ? Comment interpréter ces différences ?

Depuis sa première diffusion le 23 novembre 2018 sur Arte – officiellement Jonas est un téléfilm et non un film – , les commentaires élogieux abondent. Projeté en avant-première le 23 septembre 2018 au Festival de la fiction TV de La Rochelle, il avait du reste remporté trois prix : celui du meilleur téléfilm, de la meilleure réalisation et de la meilleure musique. Pour convaincre s’il le fallait encore ceux qui ne l’auraient pas vu, voici une interview du réalisateur Christophe Charrier. Son obsession était de capter l’attention du spectateur à chaque seconde. Mission accomplie. Une vraie leçon de cinéma, et plus largement de storytelling…

L’enjeu principal du film évoqué par le réalisateur, on le sait dès les premières minutes. Voire même avant parce qu’on a vu les bandes-annonces et lu les synopsis et résumés, avec ou sans spoils. Quelle est la part de responsabilité de Jonas dans l’enlèvement de Nathan, son amour d’adolescence, il y a 18 ans ?
Quand on connaît en gros l’histoire d’un film – et la plupart du temps c’est le cas -, on aime être traité comme un promeneur. Avant d’arriver à destination, on aime les détours. Christophe Charrier nous fait justement prendre des détours en semant dans chaque séquence d’autres enjeux. Ceux-ci peuvent parfois apparaître si anecdotiques qu’on passe à côté. Il faut alors revoir le film pour les saisir et tomber alors de haut : « Mais oui bien sûr ! Tout fait encore plus sens ! » Un exemple ?
Le Jonas adulte va à un plan cul via une appli. Il sonne à un interphone, il se présente et on lui ouvre la porte du hall de l’immeuble. Il monte au 5e étage, sonne à la porte indiquée et le mec qui lui ouvre ne ressemble absolument pas à son profil. Jonas est en colère. Il lui reproche de s’humilier en mentant de la sorte. L’autre reste calme. Il lui raconte que si des mecs veulent lui casser la gueule, d’autres restent. Jonas lui répond sèchement qu’il ne va pas lui casser la gueule. Le mec lui demande alors s’il ne veut pas entrer. Jonas  s’immobilise, ne dit rien et directement ensuite on le voit marcher de façon nonchalante dans le hall. Que s’est-il exactement passé ? Jonas est-il entré ou non ? Il y a ambiguïté.


En regardant une deuxième fois le film, j’entends stupéfait que Jonas s’était présenté à l’interphone sous le nom de… NATHAN. Et c’est là que j’ai compris quelque chose d’essentiel. Le comportement agressif du Jonas adulte reproduit l’attitude entre-dedans, direct et bagarreur de Nathan. Il l’a tellement dans la peau que, 18 ans après, il cherche même à être lui. Cette fusion explique notamment la toute fin du film qui n’en devient que plus fraternelle.
Mais pour revenir au plan cul et aux reproches que lui assène Jonas, il peut se les faire à lui-même. Lui aussi ment. Cette égalité ne les a-t-elle pas rapprochés ? Après avoir vu plusieurs autre fois le film, j’ai trouvé un indice. Regardez : au 5e étage,  la lanière du sac de Jonas est posée sur son épaule droite. Puis, dans le hall, le sac est porté en bandoulière, le haut de la lanière sur l’épaule gauche. Il y a eu changement. Il n’est pas directement descendu… 🙂

Le film est truffé de détails visuels et sonores qui séduisent, qui interrogent, qui font sens. Autre exemple ? Le avant et le après de la maison de la mère de Nathan témoigne avec subtilité d’un laisser-aller, d’un déclassement social. Le fond de la piscine n’a plus ce bleu dépourvu de tâches sombres. Et les vitres n’ont pas été lavées depuis des lustres.
On peut se risquer à voir Jonas deux, cinq, dix fois et plus encore en quelques jours, et ne jamais être lassé. Il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir qui enrichit l’ensemble. C’est très stimulant intellectuellement.

Merci ! Merci à tous ceux qui ont fait de Jonas une réalité ! Voir un film tel que celui-ci, c’est aussi se voir. Au plus profond ! Avec certes nos souffrances, nos échecs, nos peurs, nos lâchetés. Mais aussi avec nos joies, nos réussites, nos rêves, nos audaces.

Tags
Montrer plus

Articles liés

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer
Aller à la barre d’outils