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Un pionnier oublié du porno gay est décédé en automne dernier…

Quelques semaines après le décès de Jerry Douglas, XBIZ a annoncé la mort d’un autre pionnier de l’industrie du porno gay US. Discret et oublié, il vivait dans une résidence pour personnes âgées quand il s’est éteint en automne dernier. Il avait 86 ans. Son nom ? Bill Sheffler. Ses pseudos ? Au moins cinq. Le dernier en date ? Scott Masters.
En juin 2020, alors qu’on ignorait ce qu’il était devenu, l’universitaire Martin Pozsgai lui avait consacré un remarquable article chez Queer.de. Une érudition qui nous a aidé à peaufiner l’hommage que nous lui rendons. 

1967-1970 : À l’ÈRE DE LA NUDITÉ MASCULINE FRONTALE
Libéralisation des mœurs et assouplissement de la législation sur l’obscénité aidant, la presse homoérotique américaine s’émancipe des codes esthétiques des « Physique Magazines » au milieu des années 1960. Il ne s’agit plus de montrer des hommes musclés en jock-strap et posant comme des Dieux de l’Antiquité, mais de découvrir de jeunes mecs dénudés à grosse bite. Bill Sheffler a alors 33 ans quand il fonde en 1967 à Chicago la société de distribution Checkmate. Celle-ci publie en 1968 le premier numéro du magazine Champions All. Les photos sont de Walter Kundzicz, le fameux fondateur de Champion Studio. En coopération avec Champion Studio et le Sunshine Beach Club, Checkmate produit également quelques loops, courts-métrages filmés en super 8. Le contenu gay est alors essentiellement soft.


En 1969, quand Checkmate devient la société d’édition Lance Publications, plusieurs titres paraissent comme The Rawhide Male. Les photos viennent entre autres de Jim French (COLT Studio) et de Jim Hodges (le futur réalisateur John Travis). Entre-temps Sheffler a quitté Chicago et s’est installé à San Francisco où il se perfectionne pour devenir photographe. Ses premières photos sont publiées en 1969 dans les magazines de Calafran Enterprises, notamment dans le premier numéro de Mr. Groovey. Il est crédité sous le nom de His – Handsome Is.


En 1970, Lance Publications sort le magazine His – Handsome Is où ne sont publiées que ses photos de modèles nus masculins.

1971-1973 : UNE ÉVOLUTION RAPIDE À LA PORNOGRAPHIE !
En plus de la publication de photos dans des magazines soft, Sheffler se met à vendre par correspondances, via une autre de ses sociétés, Handsome Is Studio, « des ensembles de photos et de diapositives en couleur exposant l’activité sexuelle entre hommes adultes ». Il utilise alors le nom de Ken Albert. Le porno lui semble d’ailleurs un secteur d’activité si prometteur qu’il crée rapidement The Stephens Agency. C’est au sein de cette société basée à Hollywood qu’il publie plusieurs magazines hardcore, le plus notable étant David And His Friends. David August y est le héros d’aventures sexuelles dans des villes américaines différentes à chaque numéro. Voici des photos parmi les plus soft du numéro 3…

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Avec The Stephens Agency, il se met aussi à tourner ses premiers loops porno sous le nom de Warren Stephens. Si le sexe entre hommes est à l’honneur comme dans Fill ‘Er Up, Bathhouse Bust et Starprobe

… la bisexualité, sous la forme d’un ménage à trois, est aussi présente dans Drilled Deep et Waterbed.

À noter que Billy Young qui joue dans Waterbed deviendra Bill Eld, l’une des premières stars du porno gay. Le réalisateur Toby Ross vient d’ailleurs de lui consacrer un documentaire : Bill Eld : American Pop Culture Icon. Voici la bande-annonce :

En 1973 sort chez Jaguar Production, un studio dont Sheffler n’est pas le propriétaire, son tout premier long-métrage porno gay à gros budget : Greek Lightning. Il s’agit d’une parodie de James Bond avec Jimmy Hughes dans le rôle principal. Hughes joue l’agent secret Johnny Acropolis qui doit retrouver un maître chanteur. Les seuls indices qu’il possède pour l’identifier, sont des photos de tatouages. Le film aura un énorme succès…


À noter que Jimmy Hughes était dans la vraie vie un type peu recommandable.

En 1974, dans le n°27 de The Advocate, on apprenait qu’il avait été arrêté pour enlèvement et viol de neuf jeunes femmes. Et en 1981, alors qu’il était en liberté conditionnelle pour des condamnations antérieures, il a été arrêté pour plusieurs autres viols et condamné à 89 ans de prison.

À PARTIR DE 1973 : UN RÉDACTEUR EN CHEF ENGAGÉ À LA CAUSE GAY
Bien que les lois concernant la photographie masculine nue aient été assouplies, Sheffler suscite en 1972 la colère des autorités du Texas et il plaide coupable aux accusations d’obscénité. Il est condamné à un an de prison avec sursis et marque une pause dans le porno. Il crée le magazine In Touch dont le premier numéro sort en octobre 1973. Oscillant entre softcore et articles people et de fond, cette publication se fait fort de « célébrer la conscience gay » et de « produire pour la communauté homophile un magazine de qualité comparable aux publications mainstream ». Voici certaines des premières couvertures…

Pendant deux ans Sheffler en est le rédacteur en chef. Il confie ensuite la gestion du magazine à un tiers, tout en conservant sa propriété.

1977 – 1986 : PORNO UN JOUR, PORNO TOUJOURS : NOVA STUDIOS
Le succès des Falcon Studios à San Francisco a incité Sheffler à revenir dans la production pornographique gay. Il s’active à trouver des fonds et, sous le nom de Robert Walters, il fonde en 1977 NOVA Studios avec Jim Randall, un ancien éclairagiste et directeur de la photographie à Hollywood.
La première production NOVA est Tubtricks, un loops qui dure plus longtemps que les 10 minutes habituelles. En l’espèce un peu plus de 20 minutes. L’action se passe dans un sauna gay de San Francisco et plusieurs mecs y partouzent. Parmi les vedettes, Lee Marlin et Ken Carter qui deviendront des acteurs porno réputés, travaillant pour des réalisateurs importants tels que Tom DeSimone, Jack Deveau et William Higgins. Tubtricks a cartonné. D’autres loops suivront…

À noter que les photos prises sur les tournages servaient pour illustrer des publicités alléchantes ainsi que des magazines. Par exemple Track Meat avec le viril Clay Russel (le coach) et Mark Kropp (l’étudiant). Il y a la pub et la revue payante…

 
À partir de 1980, les loops ont commencé à être compilés et réédités en BETA ou VHS. Par exemple, la version en cassette vidéo de Hot Lunch qui sort en 1983 réunit trois courts : Hot Lunch, Soccer Games et End Up.

Et parmi les premiers longs-métrages à paraître directement au format vidéo, il y a en 1984 Something Wild

L’aventure aurait pu continuer et NOVA existerait encore aujourd’hui à l’instar de Falcon. Mais suite au détournement de fond de son partenaire Jim Randall, Sheffler est malheureusement contraint à fermer boutique en 1986.

1987-1992 : LES ANNÉES CATALINA VIDEO
Fondé en 1978 par William Higgins, Catalina Video distribuait déjà depuis 1982 NOVA Studios dans les sex-shops et les librairies spécialisées. Quand le label a eu des difficultés financières, Higgins et Sheffler ont conclu un accord : Catalina achèterait les droits de ses vidéos inédites et Sheffler serait non seulement libre de vendre les droits de tous ses autres films à qui il voudrait, mais il serait aussi embauché comme chef de production au sein de Catalina. Il aurait en plus tout loisir d’écrire et de réaliser des films. Il se choisit pour l’occasion un énième pseudo : Scott Masters.
Son premier film pour Catalina sort en 1987. Il a pour titre The Bigger They Come. Le second Down for the Count.

Quelques autres suivront, comme…

Pendant ses années Catalina, Sheffler est devenu un ami du réalisateur John Travis (alias le photographe Jim Hodges). Par contre, sa relation avec Larry Paciotti, alias Chi Chi LaRue, qui venait d’entrer comme commercial et publicitaire dans la boîte, est exécrable. Les deux hommes ne s’apprécient pas. Un changement de direction chez Catalina et la montée en puissance de Chi Chi font que Sheffler est beaucoup moins sollicité et qu’il décide de partir.

1992-2006 : DES ADIEUX EN DOUCEUR À L’INDUSTRIE DU PORNO
Sheffler n’est pas le seul à quitter Catalina en 1992. John Travis également. Et les deux amis décident de fonder Studio 2000 la même année. Si Travis a beaucoup tourné, et du très bon, Sheffler n’est crédité comme réalisateur – sous le nom de Scott Masters – que pour un film : Men in Exile. Et encore, il s’agit d’une co-réalisation avec Travis.


Lorsqu’en 2006, les deux vendent Studio 2000 à un ancien cadre de Falcon, Sheffler reste en tant que consultant jusqu’en octobre 2006.

ET…
On le voit, les années les plus créatives et marquantes de Bill Sheffler débutent dans les années 1960 et finissent dans les années 1980, avec la fin de NOVA Studios.  Son propre nom et les pseudos qu’il utilisait alors sont paradoxalement tombés dans l’oubli, sauf de geeks et autres historiens du porno. À ces derniers de déterminer si son rôle sous son dernier nom de Masters n’a pas été plus important que ne semble l’indiquer notre article.

Une des rares photos d’un homme discret. De gauche à droite : Gino Colbert, Tom DeSimone, John Travis, William Higgins, Bill Sheffler et Lucas Kazan. C’était lors de la première du film Andel’s Story chez All Worlds Video, en 1998.

RIP

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