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FOREVER FALCON | 50e anniversaire de FALCON STUDIOS – Partie 1 : Aux origines d’un label américain pionnier de l’industrie du X gay

Hétéro, gay, bi… Dès les débuts du cinéma, des scènes porno ont été réalisées. Elles restaient toutefois confinées dans les bordels, ou tout du moins vouées à un usage clandestin. Il a fallu attendre la fin des années 1960 et le début des années 1970 pour que naisse ce qui deviendra, aux États-Unis surtout, une véritable industrie du porno. Pour sa partie gay, l’un des labels pionniers est FALCON STUDIOS. Il fête officiellement cette année son 50e anniversaire. Une occasion d’aller aux origines de sa création…

UN ENVIRONNEMENT DE PLUS EN PLUS FAVORABLE AU PORNO GAY

Avec la libéralisation des mœurs, l’essor des mouvements de libération gay et l’assouplissement de la législation sur l’obscénité, la seconde moitié des années 1960 aux États-Unis voit surgir des photographes, des réalisateurs et des entrepreneurs motivés à faire du porno gay. Au risque d’être harcelés par la police et de se retrouver devant les tribunaux, voire en taule, ces pionniers s’émancipent progressivement des codes esthétiques des « Physique Magazines » et autres « Beefcake » crypto-gays. Pour eux, il ne s’agit plus de montrer des hommes athlétiques au sexe recouvert d’un strap comme les a popularisés Bob Mizer (1922-1992), le photographe et réalisateur le plus réputé en la matière. Non ! Pour ces pionniers, il leur faut dorénavant montrer des hommes nus. Puis aller du nu « innocent » au nu avec « sexe en érection ». Et au final, passer de l’acte sexuel « simulé » aux « pénétrations » avec « éjaculation » !

Bande-annonce de Beefcake (1999), docufiction de Thom Fitzgerald sur Bob Mizer. C’est lui qui créa en 1945, à Los Angeles, le studio ATHLETIC MODEL GUIDE. En plus de produire des séries photo puis également des courts-métrages dès le début des années 1950, AMG publia la célèbre revue Physique Pictoral.

J. BRIAN,  LE PIONNIER DES PIONNIERS DANS LE PORNO GAY

De son vrai nom Jeremiah Brian Donahue (1932-1985), J. Brian  est le premier à sortir un magazine avec des photos de mecs à poil. C’était au milieu des années 1960. Installé à San Francisco, lui et son partenaire Bob Damron créent plus tard CALAFRAN ENTREPRISES. Éditeur de magazines homoérotiques, comme Golden Boys en 1968, ainsi que  producteur de quelques loops (courts-métrages en super 8) soft, CALAFRAN a entre autres recouru à deux photographes qui deviendront de très grands noms du porno gay américain : Jim Hodges (v. 1942 – 2017), qu’on connaîtra sous le nom de John Travis, et His Handsome Is, de son vrai nom  Bill Sheffler (v. 1934 – 2020). Lui aussi deviendra un grand réalisateur et producteur de porno gay, en utilisant successivement les pseudos de Warren Stephens (ou Stevens), Robert Walters et Scott Masters.
En 1969, au sein de son propre label VITRUVIAN PRODUCTIONS, J. Brian produit 7 in a Barn qui est considéré comme le premier long métrage porno gay en prise de son direct. Celui-ci sera projeté en salle de cinéma deux ans plus tard sous le titre Seven In A Barn. En vedette Dean Chasson. Lui et six autres jeunes hommes jouent au strip-poker dans une vieille grange pour décider qui fera jouir qui et comment.

Publicité de la première du film Seven in a Barn au cinéma Drake de Los Angeles. C’était en août 1971.

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L’AVANT-GARDE DE LA SEXPLOITATION GAY AU CINÉMA

Dirigeants associés de la CONTINENTAL THEATRES – une chaîne d’une trentaine de salles de cinéma -, Shan Vincent Sayles (1934-2016) et Monroe Beehler (1933-2018) ont été les premiers à lancer aux USA, en été 1968, une programmation de films essentiellement gays. C’était au Park Theatre de Los Angeles avec The Original Pat Rocco Male Film Festival. De son vrai nom Pasquale Vincent Serrapica (1934-2018), Pat Rocco était alors photographe et réalisateur de love stories gays avec des bogoss à poil. Des « nudies » soft qu’il vendait par correspondance. Quand Sayles & Beeher ont découvert son travail, ils l’ont trouvé tellement bon qu’ils ont lancé sa carrière sur grand écran.

Publicités parues en 1968, 1969 et 1970 qui mettent en avant les films de Pat « The King of Nudies » Rocco.

En juillet/août 1971 Monroe Beeher fonde le label JAGUAR PRODUCTIONS pour produire des pornos gays destinés à être projetés sur grand écran. Il fait immédiatement appel à Pat Rocco. Réalisé en août 1971, Come of Age sera le premier porno gay de JAGUAR mais aussi du réalisateur. Son nom n’apparaît toutefois pas dans les publicités. Et les quelques autres pornos que Rocco réalisera pour JAGUAR seront crédités sous le pseudo de Brad Kingston. Le porno, ce n’était pas son truc ! Il le délaissera pour réaliser des documentaires et s’investir davantage dans un activisme qu’on qualifierait aujourd’hui de LGBTQ.

Publicités de Come of Age, Get That sailor et Deep Compassion produits par JAGUAR et sortis sur grand écran entre 1971 et 1972. Le nom du réalisateur Pat Rocco n’apparaissait pas ou était remplacé par celui de son alias : Brad Kingston.

À noter que dans la filmographie porno de Pat Rocco, il y a A Dream of Body où son pseudo de Brad Kingston coexiste avec le nom d’un autre réalisateur : Warren Stevens. Ce dernier, on l’a vu plus haut, n’est qu’un des multiples pseudos de Bill Sheffler.
L’industrie balbutiante du porno gay aux USA est le fait d’un très petit nombre.

BOYS IN THE SAND, LE PREMIER PORNO « CHIC »

Quand l’assistant chorégraphe new-yorkais Wakefield Poole se rend à un cinéma porno avec son compagnon Peter Fisk et deux amis du couple, il fut très déçu par le film projeté, Highway Hustler. On y voyait notamment un type prendre en stop un mec, l’amené dans une chambre d’hôtel et le menacer d’un couteau afin qu’il accomplisse des actes sexuels. Poole s’est dit qu’il pouvait vraiment faire mieux en valorisant la complicité sensuelle qui existe entre deux hommes qui font l’amour parce qu’ils se plaisent. En parlant de son projet à des amis, il s’est décidé à tourner à Fire Island Boys in the Sand. L’acteur principal ? Un beau blond lui est recommandé : Casey Donovan, de son vrai nom John Calvin Culver (1943-1987). Les autres acteurs qui jouent ses amants respectifs dans chacune des scènes ? Peter, le mec de Poole, Daniel DiCiccio et Tommy, un ami afro-américain de Casey.

Photos tirées du film Boys in the Sand…


Pour la promo de son film, le réalisateur fait comme s’il s’agissait d’un film mainstream. Le visuel comprend une illustration stylisée de l’artiste Ed Parente (1941-1992). Il est publié dans The New York Times. Et chaque jour il évolue avec des ajouts d’extraits de commentaire élogieux, dont celui de la bible de l’entertainment US, VARIETY.

Sorti en salle en décembre 1971, avec une première à New York, Boys in the Sand est un succès commercial sans précédent. Il devient le premier porno dont il est « chic » de parler en société. Casey Donovan est pour sa part considéré comme la première porn star gay. Statut qu’il a su monnayer en devenant l’escort le mieux payé de New York.

Quant au succès du film estimé en dollars- porno oblige, le prix des places était deux fois plus cher et ça n’a pu qu’aider -, il suscite des vocations et renforce ceux qui sont déjà dans le porno : il y a vraiment des bénéfices à en tirer !

FALCON STUDIOS : HISTOIRE OFFICIELLE ET AUTRES VERSIONS

En 1970, San Francisco est non seulement la ville gay par excellence, mais aussi la première aux USA à autoriser le porno. Ça lui a valu le surnom de Smut Capital of America (à savoir La Capitale obscène de l’Amérique). Originaire de l’Indiana, amené à travailler en Californie pour une entreprise de construction de maisons préfabriquées, un jeune homme décide de rester à San Francisco suite à son licenciement économique. Et le secteur d’activité qu’il décide d’investir sera le porno gay. Il n’a alors que 26/27 ans, il s’appelle Charles M. Holmes (1945-2000), Chuck pour ses amis. C’est lui le fondateur officiel en 1971 de FALCON STUDIOS. Pendant près de 20 ans, le grand public ne le connaîtra toutefois que sous le pseudo de Bill Clayton.

Chuck Holmes, « L’homme d’affaires engagé ».
Photo prise dans les années 1970/début 80.

Publicité où figure le premier logo de FALCON. Il renvoyait plus à l’emblème d’une vieille monarchie européenne qu’au Faucon symbole de la modernité gay de San Francisco.

L’histoire de la création de FALCON STUDIOS par un seul homme déterminé à représenter, via le porno, une image positive, sans pathos, de l’homosexualité, a été remise cause du vivant même de Holmes. Aujourd’hui, on compte même plusieurs versions. Dans l’une, l’idée de se lancer dans le porno ne viendrait pas de Holmes. Et il ne l’aurait envisagée que le temps de revenir au plus vite à une activité conventionnelle. Dans toutes ces versions alternatives, deux personnes sont considérées comme les cofondateurs de FALCON. Deux amis qui font le lien avec J. Brian, « le pionnier des pionniers » : Vaughn Kincey et Jim Hodges.

Vaughn Kincey deviendra sous le pseudo de John Summers (1941-2010) le fameux réalisateur, producteur et directeur artistique de porno gay. Cet Afro-américain avait un CV des plus atypiques. Issu du milieu de la mode et de la publicité, il était propriétaire de plusieurs bordels. Un de ses clients et amis n’était autres que J. Brian. Lorsque ce dernier s’est fait éjecter de son business par son partenaire, il a trouvé refuge chez Kincey. Et quand il a voulu récupérer un film dans ses anciens locaux, lui et Kincey y sont entrés par effraction. Il lui a montré une liste d’abonnés en lui disant d’en faire une copie car elle pourrait lui servir. Kincey s’est exécuté. Quand Chuck Holmes, qui était l’une de ses connaissances, lui a parlé de son intention de créer son label porno, il lui a vendu la liste pour 5 000 dollars. Cette vente se serait en outre accompagnée d’un deal informel avec des pourcentages sur les recettes ainsi que sur son rôle de créatif et de consultant au sein de FALCON. Kincey a en outre revendiqué être à l’origine du nom du studio. C’est lui qui a conseillé à Holmes de choisir celui d’un oiseau de proie.

Vaughn Kincey (alias John Summers), « Le créatif & facilitateur » du trio originel gagnant de FALCON STUDIOS !
Photo prise dans les années 1970/début 80.

Jim Hodges. Celui là-même qui sera le futur John Travis et qui faisait des photos pour les magazines de CALAFRAN ENTREPRISES, la société cofondée par J. Brian. Parallèlement à ses activité de photographe, il s’était mis à la réalisation de loops gays hard. Il les vendait par correspondance, tout en faisant de la prospection en montrant la marchandises à des personnes intéressées. C’est à cette occasion qu’il a rencontré pour la première fois à Cincinnati Chuck Holmes. Celui-ci lui avait alors exprimé son envie de travailler dans le secteur du porno. Et sept mois plus tard, Holmes se retrouvait à San Francisco. Hodges était également un ami et partenaire en affaires de Kincey.  😉 Rappelons-le : l’industrie balbutiante du porno gay aux USA est le fait d’un très petit nombre ! Quand FALCON s’est créé, alors que label n’avait encore rien produit, les premiers films vendus – tous par correspondance -, étaient des pornos déjà réalisés par Hodges au sein de sa propre boîte, TELSAR PRODUCTIONS. Quand FALCON s’est mis à la réalisation, c’est Hodges qui s’y est collé au début, sans être crédité ou alors sous le nom de Bill Clayton, le pseudo de Holmes.

Jim Hodges (alias John Travis), « Le caméraman et réalisateur parmi les meilleurs » !
Photo prise dans les années 1970/début 80.

Dimanche prochain, retrouvez la deuxième partie de notre spécial FOREVER FALCON | 50e anniversaire de FALCON STUDIOS. On récapitulera les faits les plus marquants du studio dans les années 1970. Nous répondrons notamment à la question de l’année de création de FALCON. Pourquoi nombre d’ouvrages de référence évoquent-ils non pas 1971, mais 1972 ?

Mise à jour du lundi 1er novembre 2021 : Né le 24 février 1936, le pionnier Wakefield Poole est décédé à 85 ans le 27 octobre 2021.

SOURCES :
Directing Sex, Interview with the Directors of Gay Pornography de Jerry Douglas (Editions Moustache – 1920)
GayEroticVideoIndex.com
Bigger than Life : The History of Gay Porn cinema from Beefcake to Hardcore de Jeffrey Escoffier (Running Press – 2009)
Smut Capital of America, documentaire de Michael Stabile (2010). Voir ici.
Falcon Studios Turns 40, Celebrates on Sept. 24, article de Michael Stabile paru chez AVN le 16 septembre 2011. Lire ici.
Seed Money : The Chuck Holmes Story, documentaire de Michael Stabile (2015)

A Few Good Men: An Oral History of Early Gay Porn, article de Michael Stabile paru chez Out le 8 juillet 2015. Lire .
MR. GROOVEY, No. 1, 1969 von Calafran, article de Martin Pozsgai posté le 21 mai 2020 sur queerebildkultur. Lire ici.
Un pionnier oublié du porno gay est décédé en automne dernier…, article sur Bill Sheffler, alias Scott Masters, paru chez PinkTV le 4 février 2021. Voir ici.
Commemorating Two Forgotten Figures of Stonewall-Era Gay Film, article de Finley Freibert paru chez Advocate le 17 octobre 2018. Lire ici

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