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Décès de Wakefield Poole : Le réalisateur avait marqué l’histoire du porno avec son « Boys in the Sand » !

XBIZ nous rapporte une triste nouvelle : Wakefield Poole est décédé le mercredi 27 octobre dernier à Jacksonville, en Floride. Il avait 85 ans. Ce danseur et chorégraphe américain a marqué l’histoire du porno en réalisant son tout premier long métrage, Boys in the Sand, sorti en décembre 1971…

Boys in the Sand (1971) – Avec Casey Donovan, Peter Fisk (le compagnon de Wakefield Poole), Danny DiCioccio et Tommy Moore.
Lors de son séjour à Fire Islands, le beau blond Casey Donovan fait par trois fois l’amour avec un homme différent.

Grâce à ce film, Wakefield Poole est reconnu pour avoir accompli un quadruple exploit :
– Apporter une crédibilité artistique à un genre encore nouveau à l’époque.
– Avoir promu un porno comme s’il s’agissait d’un film mainstream.
– Être le réalisateur du premier porno gay à être chroniqué dans VARIETY, la bible de l’entertainment US.
– Être aussi l’auteur du premier porno à avoir un succès au box office américain.
Pour plus de détails sur Boys in the Sand, le premier « porno chic » de l’histoire du cinéma, (re)lire notre article FOREVER FALCON | 50e anniversaire de FALCON STUDIOS – Partie 1 : Aux origines d’un label américain pionnier de l’industrie du X gay.

Poole ne fut pas le réalisateur d’un seul film. Sa filmographie compte neuf autres longs métrages. Aucun n’a eu le retentissement du premier.

Bijou (1972) – Avec Bill Harrison, Peter Fisk, Bill Cable, Bruce Williams, Cassandra Hart, Michael Green, Robert Lewis, Rocco Passalini, Tom Bradford et dans des rôles non sexuels : Lydia Black et Wakefield Poole.
Ouvrier en bâtiment, Bill Harrison est témoin d’un accident de voiture dans le centre-ville de Manhattan : une voiture heurte une femme. Au lieu de lui venir en aide, Bill prend le portefeuille de la victime et part comme si de rien n’était. Chez lui, il ouvre le portefeuille et ne trouve rien d’autre qu’une invitation à « Bijou », un club privé à partouze…

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À l’origine, ce film devait être un porno hétéro. Mais Marvin Shulman, le producteur de Poole, lui a vivement conseillé de surfer sur l’énorme succès de Boys in the Sand et de se focaliser sur le gay. Que Bill Harrison se substitue à l’actrice prévue au départ et qu’il joue cet hétéro viril qui va vivre une aventure sexuelle inédite accentue même la portée de Bijou. Le film parle en effet de la révolution sexuelle qui est en cours à New York et ailleurs dans le monde. Et combien celle-ci change les individus qui ne se sentent plus coupables ni honteux d’expérimenter sexuellement des choses qu’ils n’ont jamais faites. Bijou a aussi été un succès, mais il fut moindre que celui de Boys in the Sand. VARIETY dira de lui : « … C’est comme si un film porno avait pour stars Robert Redford, Warren Beatty, Steve Reeves et Joe Dallessandro ! »

Bible! (1974) – Avec Bo White, Caprice Couselle, Nicholas Flamel, Georgina Spelvin, Brahm van Zetten, Gloria Grant, Bonnie Mathis, Dennis Wayne…
Une réinterprétation de récits bibliques du point de vue des femmes. Ce ne sont plus elles les tentatrices ni les traitresses dépeintes dans La Bible.


Soucieux de ne pas se cantonner au porno et de devenir aussi un réalisateur mainstream,  Poole a fait ce softcore hétéro coûteux… qui a été un flop ! Le public voulait du hard !

Moving! (1974) – Avec Casey Donovan, Val Martin, Burt Edwards, Curt Gerard, Peter Fisk et Tom Wright.
Ils recherchent un appartement ou une maison, ils trouvent un amant !


Wakefield Poole et Peter Fisk avaient quitté New York pour San Francisco, l’épicentre gay des USA. Malheureusement pour Poole, Fisk l’a très vite quitté pour un autre. Les deux hommes sont toutefois restés amis et ont ouvert ensemble un magasin d’articles de déco, Hot Flash of America. C’est pendant cette rupture que Poole crée Moving! avec pour tête d’affiche Casey Donovan, le héros de Boys in the Sand. Le film a bien fonctionné et a procuré de bons revenus. Sa rupture amoureuse avec Fisk, qui s’est doublée du départ de son producteur Marvin Shulman pour Broadway et ses comédies musicales, a aussi conduit Poole à oublier son chagrin dans la cocaïne. Son dealer n’était autre que Scott Smith, le compagnon du fameux Harvey Milk. Ce couple gérait Castro Camera, un magasin de matériels photo. C’est là que Poole faisait développer ses photos porno. Milk était devenu un ami.

Take One (1977) – Avec Sal Guange, Richard Locke, Alexander Stewart, Nick Ritter, Dutch Valentino, Rudy Valentino, Glenn Robinson, Tony Franco, Bill O’Connell, Philip Borden et dans un rôle non sexuel : Wakefield Poole.
Le réalisateur demande à huit hommes quels sont les fantasmes qu’ils aimeraient réaliser devant sa caméra.

C’est le film préféré de Poole, parce qu’il est le plus ancré dans la réalité. Le réalisateur apparaît en plus comme un Dieu qui exauce les souhaits les plus intimes. Cela donne lieu notamment à une scène entre deux frères branchés cuir, Dutch et Rudy Valentino. Sans se l’être jamais dit auparavant, chacun fantasmait sur l’autre… 

Hot Shots (1982) – Avec Casey Donovan, William Winer, James Gallo, Richard Post, Rick Madison, Louie Moscoso, Luke, John Taylor et dans des rôles non sexuels : Lou Davis, Donna Mack et Carrie Reynolds.
Le chauffeur Casey Donovan imagine des scènes de sexe à l’aide d’une publicité pour la série Hot Shots.

De retour à New York avec la volonté de décrocher de la coke, Poole fait son retour dans le porno en étant embauché par un certain Danny Mamane des labels Mustang Productions/TMX. En tête d’affiche, à nouveau Casey Donovan. Parallèlement, le réalisateur tourne des documentaires grâce à un ami qui travaillait aussi dans le milieu du porno, Franck Ross. C’est ce dernier qui le recommandera aussi auprès du label MaleXpress Studios.

The Hustlers (1984) – Avec David Dodge, Steve Kaye, Eddie LaRosa, Jesse Fairweather, John Charles Williams, Justin Savage, Lonna, Nick Mauro, Rick Ferelli, Robbie Zano, Steve Collins, Steve Scann, Victor Houston et dans un rôle non sexuel : Maya.
Un acteur et un mannequin (Steve Kaye et David Dodge) font des passes au Glory Hole Bar de New York pour payer leur loyer.

Apparemment le plus conventionnel des films réalisés par Poole, The Hustlers est cependant le premier à avoir des dialogues écrits. C’était l’exigence de Bill Adkins, le propriétaire du label MaleXpress Studios.

Split/Image (1984) – Avec John Charles Williams, Nick Mauro, Paul Irish, Mark DeSantos, Steve Kaye, Casey Donovan, Nick Pastore et Pat Allen.
Tout en étant photographiés pour des couvertures de magazines, de jeunes mannequins sexy – un routard, un jogger et un nageur – nous révèlent leurs fantasmes explicites.

Tourné à la suite de The Hustlers, avec à nouveau Casey Donovan en tête d’affiche. L’âge venant, il est désormais un daddy.

Boys in the Sand II (1984/1986) – Avec Casey Donovan, Victor Houston, Pat Allen, Paul Irish, Dave Connors et Tony Williams.
13 ans après, Casey Donavan revient à Fire Islands, sur les lieux de ses jouissances qui ont fait sa renommée mondiale.

Ce film événement, qui avait bénéficié de promos alléchantes, devait sortir chez MaleXpress en 1984. Mais rien ne s’est passé comme prévu. Le décès du propriétaire du studio, la vente du film à des compagnies successives et la perte – de fait – des droits d’auteur de Poole, ont donné lieu à un procès qui a duré 2 ans. Le film a pu enfin sortir en 1986 et il a fallu attendre 10 ans pour que lors de sa ressortie en DVD Poole touche enfin des royalties.

One, Two, Three (1985) – Avec J.D. Slater, Dave Connors, Steve Kaye, Ryder Hanson, Ron Pearson et Tom Stone.
Un solo, un duo et un trio conçus comme un spectacle itinérant au profit de la recherche sur le sida.


Dave Connors, l’un des acteurs du film, s’est suicidé peu de temps après la fin du tournage. Suite à une forte fièvre il avait consulté un médecin qui procéda à un test VIH. Le test s’avéra positif… Ce suicide a profondément affecté Poole. Plus jamais il ne fera un autre film à cause de cela. Il se reconvertira dans les arts culinaires, devenant même à un moment le chef cuisinier de Calvin Klein.

Pour en savoir plus sur ce pionnier du porno gay, il y a sa biographie Dirty Poole: the Autobiography of a Gay Porn Pioneer. Sortie en 2000 chez Alyson Books, elle a été rééditée en 2011 sous le titre Dirty Poole: A Sensual Memoir chez Lethe Press. Il y a aussi ses interviews. Notamment celle accordée à Jerry Douglas au début des années 2000 qui se retrouve dans l’ouvrage Directing Sex : Interviews with the Directors of gay Pornography paru en 2020 aux Éditions Moustache. Et bien sûr, il ne faut pas hésiter à voir le documentaire I Always Said Yes: The Many Lives of Wakefield Poole réalisé en 2013 par Jim Tushinski. Voici la bande-annonce… 

Wakefield Poole
(24 février 1936-27 octobre 2021)

RIP

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