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FOREVER FALCON | 50e anniversaire de FALCON STUDIOS – Partie 4 : La relève (1988-1993)

Dans la précédente partie, nous avons vu que les pionniers du X gay US tiennent les rênes de studios le production qu’ils ont fondés dans les années 1970. Nous avons aussi vu combien cette jeune industrie du porno est en plein essor. Au milieu des années 1980 apparaissent d’ailleurs les premiers Oscars du X : AVN, GPA, XRCO Awards qui sont autant de tentatives pour la légitimer. Cette industrie est en effet vivement contestée. Elle est sous les feux croisés de fronts anti-porno et anti-gay menés par des citoyens et des hommes politiques qui n’ont que Dieu dans la bouche. Elle subit aussi les foudres de militants associatifs et de consommateurs de porno. Ceux-ci accusent les studios de continuer leurs tournages sans préservatif alors qu’il y a une explosion de cas de SIDA, nouvelle infection quasi mortelle à l’époque qui frappent tout particulièrement les gays. S’il y avait des doutes au départ sur son mode de propagation, on sait désormais que le SIDA est sexuellement transmissible. Or le PDG de FALCON STUDIOS, Chuck Holmes, et d’autres producteurs de porno gay, tiennent tellement à leur idéal de liberté sexuelle sans contrainte des années 1970 qu’ils interdisent la capote sur les tournages. De nouveaux réalisateurs au sein de FALCON vont apparaître à partir de 1988. C’est cette relève qui va notamment passer aux tournages avec préservatif. Quatre noms sont à retenir : Steven Scarborough, Chi Chi LaRue, Bruce Cam et John Rutherford.

STEVEN SCARBOROUGH, NOUVEL HOMME FORT DE FALCON STUDIOS

Steven Scarborough n’est pas un inconnu. Dans la précédente partie, on l’avait vu sur cette photo en compagnie de Chuck Holmes, de la porn star Dick Fisk et du co-fondateur officieux de FALCON STUDIOS, Vaughn Kincey (alias John Summers).

Ils se rendaient au concert mémorable que Sylvester avait donné à San Francisco en mars 1979. Holmes et Scarborough ont d’ailleurs été ensemble, s’étaient séparés tout en demeurant amis.

Steven Scarborough et Chuck Holmes.
– Photo : Seed Money : The Chuck Holmes Story

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Gérant d’un magasin d’alimentation bio sur Castro Street, le gay village de San Francisco, Scarborough avait eu comme employé celui qui deviendra acteur porno chez FALCON puis producteur, le fameux Kristen Bjorn. Il était sorti avec la star de FALCON Dick Fisk alors que ce dernier travaillait dans le magasin de fringues de Matt Sterling, qui était voisin du sien. Et comme Sterling était en prison pour une histoire de porno gay interracial vendu par correspondance au Texas, c’est Kincey qui le remplaçait comme gérant. Quant à Jim Hodges (alias John Travis), il habitait à deux pas. Que le monde est petit !!!
Lorsqu’en 1985 son compagnon décède du SIDA, Scarborough décide de tout plaquer : il vend son magasin et voyage pendant plus d’un an. Lors d’un déjeuner avec Holmes, ce dernier lui propose de devenir réalisateur chez FALCON. Alors qu’il est pudique et n’a aucune formation en cinéma, en vidéo et en production, Scarborough accepte et se voit propulser nouvel homme fort d’un des labels pionniers de l’industrie du porno gay. Son premier film est Perfect Summer. Le second, Touch Me, une histoire d’amour hardcore avec scénario, qui remporte le prix du film gay de l’année aux AVN Awards. En 1991, FALCON passe enfin au préservatif avec Compulsion : He’s Gotta Have It. Mais de la carrière de Scarborough en tant que réalisateur chez FALCON, on retiendra aussi et surtout ce film qui a enthousiasmé par son fétichisme transgressif et son sens de la démesure : The Abduction. Un énorme succès qui donnera lieu en 1993 à une suite en deux parties : The Conflict : The Abduction 2 et Redemption : The Abduction 3. C’est son assistant John Rutherford qui assurera dans les faits une bonne partie de cette suite. Scarborough est déjà ailleurs dans sa tête. Il quitte en effet FALCON en 1993 et crée par la suite son propre label, le futur géant du X gay : HOT HOUSE ENTERTAINMENT.

Son acteur préféré ? Mark Baxter ! Dès que Scarborough l’a vu pour le tournage de Big Bang en 1990, il en est même tombé amoureux. Pendant ses premiers films chez FALCON, tout ce que le réalisateur lui faisait faire devant la caméra, il voulait le faire avec lui. Baxter l’a compris, s’est séparé de son mec et a vécu avec Scarborough pendant plusieurs années.

DES TALENTS GAYS AU SERVICE D’UNE RÉORGANISATION DU GROUPE FALCON

Sur le plateau de son premier tournage chez FALCON, Steven Scarborough remarque avec stupéfaction que l’équipe technique – caméraman, éclairagiste, etc – est quasi essentiellement composée d’hétéros. Il aura à cœur de s’entourer de gays qui sauront percevoir et capturer les détails visuels qui feront de l’effet auprès du public gay. Il souhaite des personnes fraîchement sorties des écoles de cinéma, des mecs qui en veulent. C’est Scarborough qui sera à l’origine de l’arrivée chez FALCON de John Rutherford, son assistant et futur géant de la réalisation X gay, ainsi que de celle de Todd Montgomery, un caméraman, accessoirement réalisateur, qui deviendra lui aussi une référence dans le milieu.
Fort de son sens de l’organisation et du business, Scarborough convainc en outre Holmes de développer les lignes MUSTANG STUDIOS et JOCKS VIDEO. Que les deux soient pleinement des studios de production, avec des réalisateurs attitrés. Depuis 1978, et la sortie chez FALCON de films en K7 vidéo, MUSTANG et JOCKS ne proposaient que des compilations de « loops » (courts métrages dans le format antérieur à la K7) ou se faisaient distributeurs de titres d’autres labels. Or la demande en contenus pornographiques nouveaux s’est accrue, pas seulement du fait de la démocratisation du lecteurs de K7. À cause du SIDA, nombreux sont ceux qui, terrifiés, n’osent pas ou ne veulent plus avoir d’activité sexuelle avec quiconque. Le porno est leur exutoire ! À cause également des duplications illégales de K7, multiplier la sortie de nouveautés de qualité permet d’atténuer le manque à gagner.

Au vu des éléments disponibles sur GayEroticVideoIndex, voici la répartition – en fonction des réalisateurs – des films sortis entre 1988 et 1993 chez FALCON (FVP), MUSTANG (MVP) et JOCKS (JVP).

Qui se cache(nt) cette fois-ci derrière le nom de Bill Clayton ? On l’ignore. C’était un pseudo valise qui témoignait de la volonté officielle de Chuck Holmes de rendre compte d’un travail collectif signé FALCON. Les seules stars, c’étaient les acteurs. Une autre précision importante qui ressort notamment de la lecture de GAY VIDÉO et SPÉCIAL GAY VIDÉO, magazines français spécialisés dans le porno gay. Jusqu’en 1990, les réalisateurs chez FALCON n’étaient le plus souvent pas crédités. Ce n’est qu’a posteriori que le nom de Scarborough est réapparu pour ses films sortis en 1988, 1989 et 1990.

Cela étant dit, outre Steven Scarborough, John Rutherford – un film à la toute fin – et le(s) mystérieux Bill Clayton, deux nouveaux réalisateurs apparaissent à partir de 1991 et surtout 1992. Leur nom figure au générique : il s’agit de Chi Chi LaRue et Bruce Cam.

FOCUS : CHI CHI LARUE

De son vrai nom Larry David Paciotti, Chi Chi LaRue est l’une des personnalités les plus connues et flamboyantes de l’industrie du porno gay.  Première réalisatrice drag-queen de l’histoire du porno, – encore que sur les tournages il délaisse en principe son make-up, ses perruques et ses tenues glamour – il a une histoire qui a tout d’un conte de fées trash. Jeune obèse efféminé, il travaille dans un vidéo club quand il décide de quitter le Minnesota avec un pote pour s’installer à Los Angeles. Fan de porno, il répond à une annonce de CATALINA VIDEOS qui recherche un commercial. Fondé en 1978 par le pionnier William Higgins, CATALINA est un concurrent de FALCON. LaRue se fait aussitôt embaucher car sa connaissance des films qui y sont produits est bluffante. Toutefois, il n’aime pas son taff. Ce qu’il veut, c’est réaliser des pornos. Chez CATALINA ! Hors il est pris en grippe par le chef de production qui n’est autre qu’un autre pionnier, Bill Sheffler qui se fait alors appeler Scott Masters. Leurs rapports sont si houleux que LaRue quitte CATALINA pour réaliser son rêve : en 1989, il tournera chez INHAND STUDIO et VIVID MAN. Le succès étant au rendez vous, il est sollicité en 1990 par CATALINA pour revenir, cette fois-ci comme réalisateur.
Quand FALCON le choisit pour développer sa ligne MUSTANG, Chi Chi LaRue est déjà une personnalité au talent reconnu, un carnet d’adresses conséquent et une détermination à toute épreuve.

Pop-porn culture ! En 1992, Chi Chi LaRue se retrouvait en brune dans le clip de Madonna : Deeper And Deeper. À sa grande déception, Chi Chi n’a pu échanger aucun mot avec une star de la pop trop distante !

Quelques-unes des découvertes de Chi Chi LaRue qu’il a dirigées entre autres pour MUSTANG et accessoirement pour JOCKS  : l’une des premières super porn stars gays passives, JOEY STEFANO (1968-1994). Lui aussi a travaillé avec Madonna en posant pour son livre Sex. Il est décédé d’une overdose. Il y a aussi L’hyper-viril Zak Spears, le beau Britannique Aiden Shaw, le bel Américain velu Wes Daniels, l’hétéro Marco Rossi, Damien, « l’une des plus belles bite du porno« , et Randy Mixer, « les plus belles lèvres que Chi Chi ait jamais vues« .

FOCUS : BRUCE CAM

Au contraire de Chi Chi LaRue, Bruce Cam est une personnalité discrète. Ce qui l’a amené au porno a beaucoup à voir avec San Francisco, son environnement hyper-gay et la facilité avec laquelle on pouvait rencontrer les porn stars. Jeune caméraman travaillant pour la chaîne de télévision CBS, très désireux de mettre un pied dans le porno, Cam rencontre régulièrement l’iconique Al Parker récupérer son courrier au même bureau de poste que lui. Prenant un jour son courage à deux mains, il décide de se présenter et de lui offrir ses services comme cameraman. Il est pris aux mots, et cela donnera l’une des scènes d’America’s Sexiest Home Videos sorti chez AL PARKER PRODUCTIONS en 1990. Cam décide de créer avec son ami Robert Kirsch le label TITAN PRODUCTION. Leur première production Fast Idle  ne se passera pas du tout comme prévu. Il y eut des complications parce que le lieu de tournage, un garage, n’appartenait pas à celui qui se disait propriétaire. Avant de pouvoir tout finaliser, il en ont été chassés. Le second film, Sex Guys and Videotape, plaît tellement à FALCON grâce à son esthétique clipesque qu’il se retrouve estampillé JOCKS et qu’on lui demande d’en être le réalisateur phare.

Bruce Cam en action !
– Photo : Directing Sex Éditions Moustache

Parmi ses acteurs préférés, en tout premier lieu « le captivant, le charismatique et le charmant » CLIFF PARKER. À celui-ci s’ajoutent Rob Cryston, « au top trois des préférés de Cam« , Rob Lynn, « un excellent performeur qui sait maintenir sa bite dure« , Steve Gibson, « l’une des personnes les plus incroyables avec lesquelles Cam a travaillé« , et Daryl Brock, un Canadien découvert par Cam qui « écoute tout ce qu’on lui dit, qui est facile à travailler » et qui a « un corps magnifique et une très belle bite« .

L’aventure de Bruce Cam chez FALCON ne durera que deux ans. En 1995 il fondera avec Robert Kirsch un futur géant du X gay : TITAN MEDIA.

Sauf à y voir de nouveaux concurrents très sérieux, les départs de Steven Scarborough et de Bruce Cam n’auront pas de conséquences négatives pour FALCON STUDIOS. Ce que Scarborough a orchestré de main de maître repose sur des bases solides.  Et certains concepts vont être poussés encore plus loin pour donner naissance à une ère de magnificence.  À suivre dimanche prochain, le 14 novembre, dans la cinquième partie de notre spécial FOREVER FALCON | 50e anniversaire de FALCON STUDIOS.

SOURCES :
Directing Sex, Interviews with the Directors of Gay Pornography de Jerry Douglas (Editions Moustache – 1920)
Making It Big – Sex Stars, Porn Films, and Me de Chi Chi Larue et John Erich (Alyson Publications – 1997)
Seed Money : The Chuck Holmes Story, documentaire de Michael Stabile (2015)
GayEroticVideoIndex.com
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