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Michel : Décès d’un pionnier de l’entreprenariat français gay, porno et fetish

« Michel d’IEM est mort ». En apprenant le 9 novembre dernier la triste nouvelle, nous avons été tétanisés. Par l’émotion. Nous n’imaginions tout simplement pas que celui qui est un ami, un mentor, un bienfaiteur, une relation professionnelle et tant d’autres choses s’en aille. Il avait plusieurs fois si bien trompé la mort que nous avions cru qu’il serait là pour très longtemps. À 64 ans, il avait encore de longues et belles années devant lui. Nous nous sentions également paralysés par l’ampleur de la tâche. Comment faire honneur à cet homme discret qui a pourtant eu un rôle clef dans la communauté gay française ? Il nous fallait du temps pour réunir des informations, collecter quelques confidences, qui fassent sens pour nous tous. Et une première chose à rappeler, ce que Michel répétait constamment : ce n’est pas lui qui a créé IEM… 


MICHEL, MAURICE & IEM

Dans une interview publiée en avril 1993 dans le magazine « lifestyle gay » Rebel, Michel disait ceci : « Les hasards de la vie ont fait que je rencontre Maurice qui venait de créer IEM il y a 13 ans maintenant. Ensemble nous l’avons fait évoluer jusqu’à aujourd’hui. »  
Jeune gay issu d’une famille modeste d’origine arménienne, Michel Ghougassian vivait encore chez ses parents avant de rencontrer Maurice Paulus, le fondateur d’IEM. Grâce à son salaire de dessinateur industriel, il se payait ses vacances aux USA, le pays où les choses bougeaient le plus dans le monde gay dans les années 1970. New York, San Francisco, Los Angeles, trois villes où  Michel profitait à fond de ses bars, boîtes et sex-shops gays.  
Homme marié à une femme et père, Maurice avait profité comme tant d’autres de la révolution sexuelle des années 1970 pour vivre de plus en plus pleinement son homosexualité et son fétichisme pour le hard. Il finit par quitter et sa famille et le garage qu’il dirigeait pour créer en mars 1980 INTERNATIONAL ESTETIC MEN, à savoir IEM. Située Passage du Désir dans le 10e arrondissement de Paris, la boutique proposait des sous-vêtements et accessoires pour hommes. Notamment des godes qu’il ramenait d’Angleterre cachés dans ses valises. 
Quoi qu’on ait pu dire, Michel a inlassablement rappelé qu’au départ, IEM, c’était Maurice. Celui-ci est malheureusement décédé des suites du sida à la fin des années 1980.

IEM, UNE ASCENSION RÉVOLUTIONNAIRE, REFLET D’UNE FRANCE QUI BOUGE


Pour comprendre toute l’importance révolutionnaire que constitue la création d’IEM, Michel rappelait dans Rebel le contexte économique et  social de l’époque : « En 1980,  alors peu de boutiques étaient destinés aux homos. La clientèle recherchait des sous-vêtements un peu érotiques qu’on ne trouvait pas aux Galeries Lafayette. Petit à petit les gars ont demandé des choses introuvables en France, styles gadgets, godes, et ça a évolué comme ça. » 
Entre autres dans le gratuit Qweek d’octobre 2015, Michel insistait sur l’importance de l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 : « L’élection en 1981 de François Mitterrand a permis une plus grande liberté pour notre communauté, et les gays pouvaient enfin avoir leur magasin. » 
Pour répondre à la demande toujours plus croissante, IEM s’est agrandi : en 1982 la boutique déménage rue vinaigriers dans le 10e arrondissement de Paris, puis quelques années plus tard dans un immense local situé au 208 rue Saint-Maur, toujours dans le 10e. 1000m2 sur deux étages, qui proposaient en plus de la vidéo, le cuir, le latex, les articles les plus divers pour en faire le plus grand magasin gay du genre en Europe. Il y eut aussi trois autres boutiques, rue de Liège, rue de L’Arbre-Sec et rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. En 2007, Michel prit la décision de regrouper le tout dans l’espace le plus stratégique et central qu’est le IEM, 16 rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, dans le Marais.

MILITANTISME ASSOCIATIF & CULTUREL

À l’inverse de certains entrepreneurs qui surfèrent eux aussi sur l’élection de Mitterrand en 1981 pour développer un business gay, Michel n’a été ni dans le déni du sida, ni dans celui de sa gravité. Il sut répondre présent aux associations de lutte contre le sida. Plus largement, il a apporté son aide financière directe ou indirecte, via des publicités, à diverses associations et magazines gays.
Rebel n°4 d’avril 1993. Un exemple parmi tant d’autres sur la présence publicitaire d’IEM dans la presse gay. Plus rare, une interview avec une photo de Michel…

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IEM a aussi exposé, voir édité, des artistes tels que Eric Raspaut, Bastille et Marc Ming Chan (Fury 161)…

Parallèlement s’est développé un partenariat événementiel avec La Gay Pride et Le Palace – avec entre autres les Gays Tea Dance. Ce fut l’occasion de fêtes mémorables comme celle-ci…

« J’AI DEUX AMOURS, MON PAYS ET RIO »

Fondateur d’IEM, Maurice aimait le Brésil. C’est lui qui avait fait découvrir ce pays à Michel qui partageait d’ailleurs sa vie entre Paris et Rio depuis son histoire d’amour avec un Brésilien. Il ne manquait sous aucun prétexte le célèbre carnaval auquel il participait comme tout bon Carioca d’adoption. C’est à Rio que la mort l’a terrassé.

DES REMERCIEMENTS RÉPÉTÉS À SON ÉQUIPE

À la question de savoir comment il définissait IEM, Michel aimait le designer avant tout comme « une équipe unie et efficace ». Depuis plus de trois ans, il avait passé les rênes à Samuel qui compte bien perpétuer l’excellence et la qualité de toute l’équipe d’IEM. Le meilleur hommage à son mentor et à tout ce qu’il a contribué à bâtir.

RIP

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