"Maspalomas" ou la levée de trois tabous dans le cinéma mainstream : le sexe, le sexe entre hommes et le sexe entre hommes âgés
Le Festival Chéries-Chéris a du flaire. Un autre film qu’y a été présenté en novembre dernier sort cette année en salle : Maspalomas, des réalisateurs basques Aitor Arregi et José Mari Goenaga. Le synopsis ? Sous le soleil brûlant de Maspalomas, aux îles Canaries, Vicente savoure depuis vingt-cinq ans une retraite insouciante. Mais un accident l’arrache à son paradis. Rapatrié à Donostia, il est placé par sa fille dans une maison de repos où le temps semble figé en même temps que ressurgissent les fantômes du passé. À nouveau contraint de masquer son identité, une seule idée l’obsède : s’évader… retrouver la liberté de Maspalomas. Voici la bande-annonce…
Pour le personnage de Vicente, interprété par José Ramón Soroiz, le scénariste et co-réalisateur José Mari Goenaga s'est inspiré en partie du roman Le Langage perdu des grues de David Leavitt, l’histoire en parallèle d'un père et d'un fils, tous deux homosexuels : « Le fils ne dit pas son homosexualité à ses parents, mais il la vit librement en dehors, tandis que le père s’enferme totalement dans son homosexualité refoulée. La description de la figure du père dans son mariage a été très inspirante pour imaginer un peu le passé de Vicente avec son épouse, la relation avec sa fille, etc. » Gay de 76 ans, Vicente est aussi le reflet de ce que ressent Goenaga : « Il est aussi une projection de mes angoisses, de ce que je peux ressentir en tant qu’homosexuel, des menaces qui peuvent m’inquiéter, toutes ces petites peurs que nous et certains homosexuels affrontent au quotidien. Comment dire “je suis” ou “je ne suis pas” homosexuel, faut-il que je le dise ou non ? » Vicente doit ainsi affronter trois tabous : « Le premier, c'est simplement le sexe, le second, le sexe entre hommes, et le dernier, le sexe entre hommes âgés. C'est comme si on ajoutait des couches d'incommodité pour certains. » Le sexe entre hommes âgés met particulièrement mal à l’aise certains spectateurs qui rejettent l'imagination de leurs parents et aînés en matière de sexe. Ce qui fait dire à Aitor Arregi, l’autre réalisateur de Maspalomas : « La société perçoit l’attitude de Vicente comme celle d'un vieil homme qui vit comme un adolescent du troisième âge. Lorsqu'à Maspalomas, il fait la fête, fait du cruising, il est avec son ami : c'est quelque chose qui heurte sinon choque parce que cela touche à la racine de ces tabous. »

« Choquant », Maspalomas n’en a pas moins gagné plusieurs récompenses. Pour l’instant, on en compte huit :
• Coquilles d’argent de la meilleur interprétation principale pour José Ramón Soroiz (San Sebastián 2025) • Prix Cineuropa (Festival du film Les Arcs 2025) • Prix de la critique / Prix du jury (Festival 2 Valenciennes 2025) • Prix du scénario (Festival CineHorizontes de Marseille 2025) • Prix coup de cœur du jury (Festival Face à Face 2025) • Prix du public / Mention spéciale (Festival Des Images aux Mots de Toulouse 2026) • Meilleur acteur pour José Ramón Soroiz (Goya 2026) • Grand prix (Festival Écrans Mixtes de Lyon 2026) •