Décès à 87 ans de Tom DeSimone, réalisateur de films cultes dans l'horreur, le camp… et le X gay dont il fut l'un des pionniers US

Décès à 87 ans de Tom DeSimone, réalisateur de films cultes dans l'horreur, le camp…  et le X gay dont il fut l'un des pionniers US

Un parcours atypique qui force le respect…

« En tant que réalisateur de films cultes, j'ai passé des années à traquer des monstres à l'écran, à voir les méchants payer pour leurs actes. Mais aujourd'hui, un nouveau monstre – un cancer de la moelle épinière – a fait son apparition dans ma vie, et il semble que je ne pourrai peut-être pas le vaincre. J'ai choisi la voie paisible des soins palliatifs à domicile, qui me permettent de vivre confortablement et sans douleur. Cependant, ces soins et mon assurance ne couvrent pas les soins personnels 24h/24 et 7j/7 dont j'ai besoin, comme l'hygiène, la toilette, l'habillage, la préparation des repas et l'aide au coucher. Cette cagnotte GoFundMe est ma demande d'aide. Vos dons me permettront de financer les services de soins personnels essentiels non couverts, et ainsi de préserver mon confort et ma dignité durant cette période difficile. Votre soutien allègera le fardeau financier qui pèse sur moi et fera une réelle différence dans ces derniers jours. Si vous êtes en mesure de contribuer, je vous serai profondément reconnaissant de votre gentillesse et de votre générosité. Merci d'être à mes côtés face à cette nouvelle épreuve. Ne vous laissez pas décourager par le montant du don suggéré. Ces montants sont générés par GoFundMe, mais vous pouvez donner le montant que vous souhaitez. Que ce soit 5 $, 10 $, 25 $ ou plus, chaque don compte. Merci, Tom. » Lancée le 16 juillet 2026 par Tom DeSimone, la demande de dons était assortie de ces photos…

Les séries TV Freddy’s Nightmares (Freddy, le cauchemar de vos nuits - 1988/89 - 4 épisodes), Swamp Thing (1992/93 - 3 épisodes) et les films Hell Night (Une nuit infernale - 1981) et Reform School Girls (1986)… Que des productions avec des monstres et des méchant.es qui avaient contribué à en faire un réalisateur culte pour les fans d’horreur et de camp. Rien toutefois pour rappeler qu’il fut l'un des pionniers du X gay US. Au total près de 80 films sont sortis de 1969 (en salles de cinéma) à 1986 (en VHS). Réalisateur réputé pour ses scénarios et la caractérisation de ses personnages, il bénéficiait de critiques élogieuses, que ses films les plus aboutis étaient “hollywoodiens”.  The Idol (1979) fut d’ailleurs considéré comme le meilleur film de l’histoire du porno gay par Jerry Douglas (1935 -2021), autre réalisateur pionnier du X gay US qui fut également journaliste. 

DeSimone nous a malheureusement quitté. Il est décédé le 17 octobre dans une maison de retraite à Palm Springs, en Californie. Il avait 87 ans. Médias de référence dans l’entertainment US, The Hollywood Reporter puis Variety s'en sont fait l’écho neuf jours plus tard, précisant qu’il avait recouru à une aide médicale afin de mourir. Il se savait condamné par un cancer en phase terminale. 

Enfant passionné de cinéma qui faisait déjà ses propres films, universitaire diplômé en production cinématographique à l’UCLA et gay au moment des contestations sociales des années 1960 et 1970, DeSimone a fait de ses passions et de sa soif d'être lui-même un métier. Il a eu une vie bien remplie. Certes, on est triste, il aurait pu encore vivre. Mais ce qu’on retient, c’est cet accomplissement qui force le respect et inspire…  

DeSimone affichent un parcours réellement atypique ou le non porno préexistait déjà au porno gay avec en 1968 la sortie en salle de Terror in the Jungle, un “nanar” dont il fut le premier des trois réalisateurs lessivés par l'incompétence et la suffisance du producteur. DeSimone avait volontairement oublié ce film, ne le mentionnant dans aucune de ses interviews… jusqu'à ce que le film ressorte en DVD en 2010 et devienne culte. Il a quand même attendu l'année 2022 pour en parler sur le site VantagePointInterviews.

Alors que depuis 1969 il s’était lancé dans le X gay, devenant l’un des pionniers du genre, et qu'il travaillait avec certains des plus grands noms de l'époque, DeSimone avait d'autres ambitions cinématographiques. Dans l’interview accordée à Jerry Douglas  dans le numéro de juin 1993 du magazine Manshots, il ne parlait absolument pas de Terror in the Jungle et faisait remonter sa première incursion dans le cinéma non porno avec le film Chatterbox, une comédie déjantée : 

« Je n’ai jamais eu l’intention de devenir un réalisateur de films pornographiques. C’est un domaine dans lequel je me suis retrouvé un peu par hasard, et je me suis laissé prendre au jeu. Un beau matin, je me suis réveillé à quarante ans en me disant : « Bon Dieu, est-ce ça, ma vie ? » J’avais toujours eu des ambitions plus vastes. J’ai commencé à poursuivre sérieusement d’autres projets, tout en continuant à réaliser des films porno pour gagner ma vie. J’avais écrit le synopsis d’un film intitulé “Lips” ; mon partenaire et moi comptions le réaliser juste après le succès de “Deep Throat”. On s’est dit qu’il vaudrait peut-être mieux faire un film hétéro, car ce genre de production offre davantage de portes d’entrée que le cinéma gay. J’ai donc écrit cette histoire, “Lips”, qui met en scène une jeune femme dotée d’un vagin doué de parole. Un ami, auteur de plusieurs films et séries à succès, organisait une fête pour le Nouvel An. J’y étais invité, aux côtés de nombreuses personnalités d’Hollywood. Il m’a présenté à un producteur présent à la soirée, qui était lui aussi gay. Il a organisé une projection chez lui, en petit comité — avec des gens très influents d’Hollywood —, suivie d’un dîner durant lequel j’ai projeté quelques-uns de mes films. Il a été très impressionné. Il souhaitait produire un film classé X, mais dans un registre « soft » — quelque chose dans le style d’"Emmanuelle". Je lui ai dit : « Eh bien, j’ai ce scénario, “Lips” ». Il l’a lu, a été séduit, et nous avons engagé un scénariste pour retravailler le texte. C’est ainsi qu’est né le film “Chatterbox”, mon premier long-métrage destiné au grand public. Ce fut ma porte d’entrée dans le cinéma « conventionnel ». Par la suite, j’ai réalisé “Hell Night” avec Linda Blair, et “Concrete Jungle” (1982) avec Jill St. John. » 

Et en 1986 il y eut le cultissime Reform School Girls…

 Ce fut ce film qui lui ouvrit définitivement les portes de Hollywood. Outre sa participation à Freddy’s Nightmares et Swamp Thing, DeSimone réalisa le film Angel III: The Final Chapter (1988), des épisodes des séries TV Super Force (1991/92 - 6 épisodes),  Dark Justice (1991/93 - 18 épisodes), Acapulco Bay (1995 - Tous les épisodes), The Big Easy (1996/97 - 4 épisodes), Pensacola: Wings of Gold (1998, 1 épisode)  et She Spies (2002 -1 épisode)

Comment est-il parvenu à réussir dans le mainstream sans être blacklisté comme d'autres à cause de sa carrière porno gay - et accessoirement bi -  qui n'était pas un secret. S'il utilisait le plus souvent le pseudo de Lancer Brooks, son vrai nom avait été mis en avant sur certains films. Il donnait de plus des interview à visage découvert. Voici sa réponse dans le numéro d'août 1993 de Manshots :

« Seule une poignée de personnes sont au courant. La plupart de mes collaborateurs actuels, sur la série, savent que j’ai travaillé dans le porno, mais ils ignorent qu’il s’agissait de porno gay. Je ne donne pas ces informations de moi-même. Personne n’a jamais émis de commentaire négatif à ce sujet. Je ne cherche pas à faire savoir cette information ; je ne l’affiche pas, mais je ne la cache pas non plus… Il en va de même pour mon mode de vie gay : s’ils sont au courant, très bien. Je ne l’affiche pas, et je ne le cache pas non plus. Ma seule crainte, c’est qu’un jour cela ne finisse par se retourner contre moi, car mon nom figure sur certains de ces contenus. »

En 1993, Internet ne s'était pas démocratisé et la discrétion pouvait préserver le “qui a fait quoi”. Mais depuis les années 2000, tout ou presque est sur le Net et DeSimone n'a pas été blacklisté. Il en donne la raison dans une interview mise en ligne en janvier 2026 sur BijouWorld : 

« Bien que je respecte le travail accompli par nombre de mes pairs durant cette période effervescente du cinéma pornographique, il existe une différence fondamentale entre assembler une série de scènes érotiques autour d’un thème fédérateur et réaliser un long-métrage traditionnel. Il est arrivé que mes films soient comparés, dans certaines critiques, à des productions hollywoodiennes. J’étais réputé pour ma capacité à tirer des interprétations crédibles d’hommes qui n’avaient reçu aucune formation d’acteur. J’assurais moi-même le montage et je veillais à ce que mes films soient accompagnés d’une musique de fond appropriée. Dans certains cas, je me chargeais également de la prise de vues, afin de garantir que le résultat à l’écran corresponde exactement à ma vision. J’ai étudié les classiques hollywoodiens pendant des années et je suis titulaire d’un master de l’école de cinéma de l’UCLA. Mon homosexualité n’avait rien à voir avec mon travail. Mon ambition a toujours été d’œuvrer dans le cinéma grand public ; le porno n’était pour moi qu’un tremplin, une occasion d’exercer mon art en attendant la grande opportunité […] Hollywood était — et demeure — peuplé de scénaristes, de producteurs et de réalisateurs gays ; ils savent reconnaître le talent lorsqu’ils le voient et savent le récompenser à sa juste valeur. On imagine parfois que nous n’étions que des amateurs, armés d’une caméra rudimentaire dans une chambre de motel bon marché, produisant de la pure camelote. Le public d’aujourd’hui doit savoir qu’à l’époque, de véritables artistes étaient à l’œuvre — comme Jack Deveau, Peter de Rome, Jerry Douglas, Wakefield Poole, et moi-même. Nous avons ouvert des portes… et certains d’entre nous ont même réussi à franchir le seuil pour passer de l’autre côté. »

C'était un très bon !!! 

TOM DESIMONE
1er JUILLET 1939 - 17 OCTOBRE 2026
TOTAL RESPECT !!!

Pour avoir un aperçu de l'industrie du porno gay US à ses débuts, voir ici, là et là. 

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